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Au Togo, le système éducatif sur la sellette  

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Le rapport Perspectives Économiques en Afrique 2018 de la Banque Africaine de Développement (BAD)  sur la situation du travail au Togo indique que le pays enregistre un taux de chômage de  3,4% avec une part cumulée des emplois vulnérables et du  sous-emploi qui varie entre 70 et 90%.

Certains experts  estiment que le système éducatif togolais en est pour beaucoup dans cette situation tandis que d’autres blâment les politiques de développement mises en place par les différents gouvernants depuis les années 1970.

Pour en savoir plus, ScienceActu a interrogé José Victor Afanou  chercheur togolais, auteur de plusieurs ouvrages sur la réforme système éducatif en Afrique ; et Thomas Dodji Koumou, Economiste  et président de l’association Veille Economique. Interview croisée…

Quel lien peut-on faire entre le système éducatif togolais et le niveau de chômage dans le pays ?

José Victor Afanou : Je crois que la question peut être étendue à l’échelle de tous les pays africains à quelques petites différences près. En Afrique près des trois-quarts des étudiants qui sortent de l’Université n’arrivent généralement pas  à s’insérer dans le milieu de l’emploi.  Je crois que  cela a un rapport avec le système éducatif et surtout la manière dont  se déroulent les enseignements.

Dans le cas du Togo par exemple, le système éducatif tel qu’il est conçu aujourd’hui forme des étudiants qui postulent et non des étudiants capables de concevoir, innover, fabriquer ou trouver des solutions précises aux problèmes de développement dans le pays. Le Togo est un pays dans lequel tout est à refaire. Du travail, il devrait en exister à tout coin de rue. Seulement le système éducatif actuel ne  donne pas la capacité aux personnes formées de voir les opportunités et créer de l’emploi pour répondre aux besoins actuels.

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Quand on prend l’enseignement de la science par exemple, il est resté très théorique et très linéaire. Ce type d’enseignement ne permet pas une acquisition réelle des compétences. Peu importe le nombre de diplômés qu’on a, on aura du mal à les absorber. Ce qu’il faut aujourd’hui au Togo c’est de passer de l’artisanat à l’industrialisation, à l’automatisation et à l’informatique.

C’est sur cela que devrait se baser le nouveau modèle d’enseignement.  Il nous faut donc redessiner le programme éducatif de façon à mettre la manipulation au cœur du système éducatif dès le bas âge. Il faut amener les enfants dès le bas âge à commencer par fabriquer, concevoir des outils qui répondent à des besoins précis.

Thomas Dodji Koumou : Le problème du chômage au Togo n’est pas un problème d’inadéquation entre la formation et l’emploi. C’est juste que nos gouvernants ne mettent pas en place une politique économique qui  permet de créer de l’emploi.

Imaginons que les gouvernants décident de faire un élargissement de l’assiette fiscale par la création de nouveaux secteurs d’activités comme le secteur ferroviaire ; un investissement dans la construction du chemin de fer Lomé-Cinkassé par exemple peut entrainer la construction des gares  et autour de ces gares des centres d’activités commerciales etc, et donc créer des milliers d’emplois. C’est une question de la politique économique que vous mettez en place.

Dans un pays qui a une véritable vision, dès que vous voulez créer un secteur d’activité vous faites un plan pour faire suivre la ressource humaine adéquate. Je prends l’exemple du marbre de Pagala, lorsque vous planifiez son exploitation, c’est que vous êtes sûrs de l’adosser à une industrie de transformation, ce qui suppose la création d’une école de formation. Au bout de votre projet, la matérialisation de votre industrie doit coïncider avec la sortie de votre première vague d’ingénieurs dans le secteur.

C’est lorsque vous naviguez à vue que vous vous retrouvez à un moment avec une ressource humaine qui ne répond pas à vos besoins. Sinon tout est question de vision et de politique de développement que vous voulez implémenter sur le long terme.

Quel est, selon vous, le modèle éducatif adapté aux défis du développement au Togo?

José Victor Afanou : Lorsqu’on prend tous les pays développés, presque tous sont industrialisés et disposent de la métallurgie, la sidérurgie, l’aéronautique, des industries chimiques, des industries lourdes etc. Dans l’autre sens, lorsqu’on prend tous les pays  industrialisés, ils sont tous développés.

C’est dire que l’on ne peut pas parler de développement sans industrialisation et qui dit industrialisation dit technologies qu’on n’apprend qu’à travers les manipulations dans les centres de formations.  Lorsqu’on parle aujourd’hui de transfert de technologies, je suis très dubitatif parce que je vois mal un pays développé transférer tout ce qui fait sa richesse vers d’autres pays qui constituent le marché de consommation de tout ce qu’il produit.

Pour moi, les pays africains restent sous-développés parce qu’ils ne disposent pas de technologies, parce que leurs écoles ne forment pas au développement d’un savoir-faire technologique.

Avant de parler développement l’Afrique doit donc réformer son école, un peu comme l’école reformée en Europe qui a conduit à la révolution industrielle et à la révolution numérique que nous vivons actuellement.

Thomas Dodji Koumou: Pour moi les pays africains ne sont pas encore arrivés au niveau seuil de l’émergence qui permet de faire des investissements dans le secteur des nouvelles technologies et espérer un impact sur la croissance. Ce dont nos pays ont besoin actuellement, c’est d’abord de créer de la richesse pour combler le gap qui nous sépare, en tant que pays pauvres, du seuil de l’émergence.

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Pour caricaturer mes propos, il faut que nous arrivions d’abord à régler nos besoins primaires avant de penser à développer des technologies. Nous en sommes malheureusement encore à cette étape. Il faut que les 50 à 60% de nos populations qui vivent dans les zones rurales puissent avoir des logements dignes, puisse manger à leur faim et être capables d’avoir les moyens financiers pour scolariser leurs enfants du primaire au lycée.

Je suis d’accord qu’il faut mettre à la disposition des apprenants au collège, au lycée ou à l’Université, l’outil informatique pour accélérer le processus d’apprentissage. Mais je ne suis pas d’accord pour qu’on dise que son absence est ce qui handicape notre sortie de la pauvreté.

Maintenant s’il y a une réforme structurelle à faire dans le système éducatif au Togo, à mon sens, c’est le développement de la formation technique.  Il faut dès le collège commencer par spécialiser les apprenants à suivre ces cursus techniques au lycée avec une continuité à l’Université. C’est de cela que notre économie a besoin dans l’immédiat.

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