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Construire en argile pour réduire le réchauffement climatique

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Il n’est plus à prouver que le secteur des Bâtiments et Travaux Publics (BTP) connait un dynamisme fulgurant ces dernières années dans notre pays et en Afrique en général ; dynamise imputable au fort taux d’urbanisation qui caractérise les pays africains et qui répercute sur le coût des matériaux de construction qui vont en grimpant.

Cette problématique a été l’objet d’une  conférence qui a rassemblé les architectes africains à Paris le 27mai 2014 pour réfléchir à une utilisation des matériaux locaux dans la construction dans le but de réduire le coût de réalisation des ouvrages et répondre en même temps aux questions climatiques et environnementales du moment. En gros, à l’issu de cette conférence les architectes se sont accordé à dire que construire en matériaux locaux c’est « construire dure, vert et à moindre coût » ; un concept peu vulgarisé au Togo.

Les chiffres parlent d’eux même

Selon les données recueillis auprès des consommateurs, la tonne de ciment (Cimtogo) serait passé de 64000 F CfA en 2007 à 81000F CFA actuellement (soit une augmentation de 26,5%) ; la tonne de  ciment Fortia serait passé de 60000F CFA à 80 000F CFA actuellement (soit une augmentation de 25%)  au cours de la même période. Le prix du camion de sable lui, serait passé, selon les mêmes données, de la fourchette de 25000 à 30000F CFA par camion de 6 à 7m3 en fonction de la distance en 2013 à la fourchette de 40000 à 45000F  CFA actuellement.

Or, un rapport de 2004  de la société Wyss Urh, spécialisé dans la fourniture de service de construction, indique que le coût des matériaux de construction représentait 83% du prix de revient d’un ouvrage en en aggloméré de ciment dont près de 60% serait destiné au ciment et au sable marin utilisé dans la construction.

Si on fait un parallèle de ces statistiques avec le taux d’accroissement urbain qui est de 4,5% au Togo, et quand on sait que les togolais dans leur grande majorité aspire chacun à avoir son « chez soi », on peut déduire que la disponibilité et l’accessibilité des matériaux de constructions, notamment le ciment, reste et restera pour les prochaines années un défi pour notre pays. Un défi que l’introduction des matériaux locaux dans la construction pourra, selon certains spécialistes, contribuer à relever.

Sous le vocable « matériaux locaux » ou encore « matériaux de proximité »,  on entend toutes les matières premières de construction, disponibles ou produites localement qui peuvent entrer dans la réalisation d’un ouvrage architectural.  Ces matériaux peuvent être naturels, ou industriels comme le ciment qui du fait qu’il soit produit au Togo devient un matériau local. Le Centre de Construction et de Logement (CCL) s’est donné pour mission, depuis sa création en 1967  par décret n° 67 / 258,  de répertorier ces matériaux, d’effectuer des recherches sur ces derniers et de trouver des formules pouvant permettre  leur transformation  en vue de les utiliser dans la construction. A ce jour, plusieurs matériaux ont pu être répertoriés dont la terre, l’argile, les rebuts de riz, la pierre dolomitique extraite de la carrière de Nyawoulou dans la région des plateaux et  la paille.

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Mais le matériau local le plus utilisé à cause de sa familiarité reste la terre ; elle peut être  transformée en Bloc de Terre Comprimée (BTC) ou en terre cuite. Comme stabilisant la construction en matériaux locaux admet le ciment et la chaux. Cette dernière est  obtenue après fusion de la pierre dolomitique et  est économiquement et écologiquement plus avantageux. Mais le stabilisant le plus utilisé reste le ciment à cause l’incapacité du CCL à produire une quantité suffisante de chaux pouvant assurer tout le travail de la construction. La construction en matériaux locaux au Togo se fait essentiellement donc en BTC ou en terre cuite avec du ciment comme liant au niveau de la stabilisation de la terre.

La matière première terre serait plus avantageux dans la construction  en terme de consommation en ciment, selon  M. Yolou ABALO  le Directeur Technique du centre.

« La production d’ 1m² de mur en BTC nécessite un investissement de 5500F CFA alors que dans la même dimension, le mur en aggloméré de ciment coûte entre 6500 et 7000F CFA » nous a-t-il révélé à cet effet. Cet investissement moindre n’occulte en rien les garanties de sécurité et de durabilité que présente cette matière. « On en veut pour preuve que les  réalisations du centre comme les logements de la Cité Ouvrière de CIMAO à Tabligbo et ceux de la Cité Ouvrière de l’OTP à Hahotoé  construit depuis les années 80 et qui jusqu’alors sont restés en bon état »  a-t-il ajouté.

Les BTC, une formule économique et écologique

Les BTC sont un exemple rare  de formule qui allie les avantages écologiques à ceux économiques. En effet, selon le rapport précité  de la société Wyss Urh, l’investissement lié à la construction en terre  est à 50% destiné à la main d’œuvre contre seulement 17% dans le cas d’une construction en aggloméré de ciment. Cette répartition, a priori anodine, prend tout son sens lorsqu’au sait qu’au Togo la main d’œuvre est bon marché contrairement au ciment. De plus d’un point de vue macro-économique cela favorise la circulation des capitaux dans le pays. Du côté écologique, outre le fait que les constructions en BTC offre un confort thermique -la terre agissant en temps de chaleur comme un isolant thermique- elle contribue aussi à la protection de la nature dans le sens où consommant moins de ciment, elle produira une quantité moins  considérable de gaz à effet de serre.

 Quand on sait que le béton est  la deuxième matière la plus consommée au monde après l’eau et que sa production représente entre 5 et 10% de l’émission en CO2 de la planète, l’utilisation de matériaux durables comme la terre constitue un enjeu à la fois pour le logement et pour l’environnement. Cet enjeu est aussi sanitaire lorsqu’au Togo, les ouvriers travaillent le plus souvent sans équipements de protection. La construction en matériaux locaux, qui souffre de reconnaissance, doit donc être plus vulgarisée en vue de sa promotion au Togo parce qu’elle constitue une étape vers l’architecture bioclimatique, la mieux adaptée aux besoins de notre siècle.

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 Les efforts forts louables consentis par le CCL à travers la formation et le renforcement de capacités des artisans en techniques de construction en BTC, ainsi que ceux du  Service de Coopération et d’Action Culturelle (SCAC) de l’ambassade de France  à travers le financement de projet comme la création d’un Eco Centre spécialisé dans la formation en éco-bio-construction sont à encourager.

Il serait, toutefois, inopportun de déduire, au vue des avantages précités, que les matériaux locaux et notamment les BTC  constituent une parade par excellence au coût élevé  des matériaux de construction au Togo. « Le choix de construire en matériaux locaux est plus un choix militant sur un point de vue écologique et un choix lié à d’autres facteurs comme la situation géographique sur un point de vue économique. Lorsqu’on se trouve dans un zone où on a facilement accès à la terre ou à l’argile, il est claire que la solution la plus économique pour construire c’est en BTC ; par contre lorsqu’on se situe dans une zone côtière  comme Baguida, il reviendra plus chère de construire en BTC plutôt qu’en aggloméré de ciment parce qu’il va falloir assurer le coût du transport de la terre qu’on aura au préalable achetée » soutient  M. Eklu Patrick AMENDAH un Architecte Urbaniste.

Note: cet article a été publié pour la première fois en 2015 dans le magazine Focus Infos au Togo

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