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Quand les prix des denrées alimentent la malnutrition

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By Francis Kokutse

Selon une étude, les variations des prix des denrées alimentaires à travers le monde peuvent contribuer à expliquer les différences régionales en matière de malnutrition et d’obésité, les populations les plus démunies manquant d’aliments sains, notamment d’œufs et de produits laitiers, en raison de leur coût élevé.
L’étude révèle que le caractère abordable des aliments sains et malsains était « étroitement associé » aux résultats nutritionnels, notamment le retard de croissance chez les enfants. Elle conclut en outre qu’il y a lieu d’approfondir les recherches sur les moyens de modifier les prix, pour améliorer les régimes alimentaires dans les pays riches, comme dans les pays pauvres.
Les produits laitiers, les œufs et la viande blanche – viande dont la concentration en myoglobine dans les fibres musculaires est inférieure à celle de la viande rouge et de la viande noire – étaient « très chers » dans la plupart des pays à faible revenu et à revenu moyen inférieur, tandis que la plupart des fruits et légumes étaient « relativement chers » en Asie et en Afrique subsaharienne, selon l’étude, publiée le mois dernier, dans la revue Journal of Nutrition.
Les huiles, les graisses et les sucres étaient presque universellement bon marché.
« Nous avons constaté que les prix relatifs des produits laitiers et des œufs sont étroitement associés aux variations internationales des taux de retard de croissance, ce qui concorde avec les nombreuses études établissant un lien entre la consommation de produits laitiers et la croissance linéaire chez les jeunes enfants […] », indique l’étude.

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Derek Headey, auteur principal de l’étude et chercheur principal à l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, aux États-Unis, estime qu’environ « deux milliards de personnes souffrent de carences en micronutriments telles que l’anémie, et plusieurs centaines de millions d’enfants très jeunes et vulnérables souffrent de retards de croissance dans le monde ».
Les chercheurs ont estimé les prix de 657 produits alimentaires standardisés, à l’aide de l’enquête 2011 du Programme de comparaison internationale, qui portait sur 176 pays.
Ils ont calculé comment le prix d’une calorie d’un aliment donné se compare à celui d’un panier représentatif d’aliments de base riches en féculents dans chaque pays – une mesure appelée prix calorique relatif.

À l’aide d’autres ensembles de données et d’enquêtes démographiques sur la santé menées dans plusieurs pays, les chercheurs ont établi un lien entre les valeurs du prix calorique relatif et la consommation de groupes d’aliments chez les enfants de moins de cinq ans, et les femmes âgées de 15 à 49 ans, et des preuves de résultats de nutrition, telles que la dénutrition et l’obésité.

« La plupart des aliments nutritifs sont chers dans les pays à faible revenu. Les œufs et le lait frais, par exemple, coûtent souvent dix fois plus cher que les aliments de base féculents en termes caloriques », indique l’étude.

Les céréales pour enfants enrichies étaient relativement peu coûteuses dans les pays à revenu moyen et supérieur, mais très chères dans les pays à revenu faible, où la sous-nutrition pendant la petite enfance est la plus répandue.

Derek Headey pense que si l’augmentation des taxes sur les produits alimentaires malsains n’a pas les effets souhaités, il faut faire quelque chose pour décourager les consommateurs de choisir des produits alimentaires malsains et les producteurs de les produire.

Il estime en outre que le coût élevé des œufs et du lait en Afrique subsaharienne était préoccupant et pouvait expliquer pourquoi la consommation de ces produits par les enfants est si faible dans la région.

Cependant, Rose Omari, chercheuse principale à l’Institut de recherche sur les politiques scientifiques et technologiques (Ghana), déclare que bien que l’étude aide à expliquer l’impact des prix des denrées alimentaires sur la nutrition, la conclusion selon laquelle le lait est cher peut ne pas être uniforme dans toutes les catégories de consommation des pays à revenu intermédiaire.

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« Pour le Ghana, c’est vrai, parce que nous ne produisons pas beaucoup de lait, mais au Kenya ou en Afrique de l’Est, c’est peut-être faux », a déclaré Rose Omari, qui mène des recherches sur l’alimentation et la nutrition.

« Ce que nous promouvons ici au Ghana et dans d’autres pays, ce sont des sources végétales de protéines, telles que le soja, qui sont relativement meilleur marché. Les produits d’origine animale sont bons, mais nous devons également informer sur ceux qui sont bons pour la santé et ceux qui ne le sont pas. »
Rose Omari ajoute que la définition d’aliment sain par les auteurs n’était pas claire.
« Ils doivent établir une distinction claire entre les aliments nutritifs et les aliments sains », insiste-t-elle.

References

Derek D. Headey et Harold H. Alderman – The relative caloric prices of healthy and unhealthy foods differ systematically across income levels and continents (The Journal of Nutrition, 23 juillet 2019)

This article was originally published on SciDev.Net. Read the original article.

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