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L’IA, une solution à l’urbanisation galopante en Afrique

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Des rues envahies par une eau couleur boue sur  laquelle flottent des déchets, des routes  impraticables…Comme les années précédentes, Diamniadio n’a pas échappé aux séries d’inondations qui affectent certaines  villes du Sénégal à chaque saison des pluies.

Mais plus pour longtemps. En effet, ce pôle urbain s’apprête à expérimenter, grâce à l’Intelligence Artificielle (IA), une nouvelle gestion de l’aménagement urbain.

« En prenant comme site témoin le Parc des Technologies Numériques de Diamniadio, nous avons effectué des modélisations et travaillé sur des scénarii de ruissèlement des eaux  en vue de les canaliser et régler ces problèmes d’inondations », a confié à Scidev.Net Bassirou Abdoul Ba, le Coordonnateur du Parc des Technologies Numériques.

Ce parc établi sur 25 hectares est la phase expérimentale de la « ville intelligente »  en construction à 35 km de Dakar, la capitale sénégalaise. 

Selon Bassirou Ba, le projet vise à faire de Diamniadio une ville dont le modèle d’aménagement est basé sur le stockage et l’usage des données pour gérer la mobilité, l’éclairage public, la qualité de l’air, le traitement des ordures et des eaux usées, offrir des services de soins, etc.

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Concrètement, les habitants de la future ville de Diamniadio peuvent s’attendre à vivre dans des maisons connectées, à utiliser des tickets de bus ou de train dématérialisés  et des systèmes de parking intelligents, à accéder aux services de santé en ligne et à vivre près de rivières artificielles.

« A partir de 2025, les premiers éléments de cette ville intelligente seront déjà visibles dans le parc avec l’installation de capteurs pour la surveillance de la sécurité ou de la maintenance du site ; et plus tard avec des navettes intelligentes, des véhicules électriques ou la gestion automatisée des déchets », explique Abdoul Ba.

Big Data

Comme le Sénégal, plusieurs pays comme la Côte d’Ivoire, le Nigeria et le Togo ont lancé des projets de villes intelligentes en prévision de l’urbanisation galopante en Afrique subsaharienne.

Selon une étude publiée en juin 2019 par les Nations Unies, la population de l’Afrique subsaharienne devrait doubler d’ici 2050 et plus de 60 % de cette population devrait vivre dans les zones urbaines.

Jean Claude Koya, conseiller technique au ministère de la planification et du développement de la Côte d’Ivoire, estime que l’IA pourrait contribuer à définir des politiques sociales et environnementales durables en réponse à cette urbanisation rapide.

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Citant son pays comme exemple, Koya explique que la Côte d’Ivoire dispose d’un supercalculateur qui sera utilisé dans les villes pour collecter et traiter des données dans des secteurs tels que l’agriculture, la climatologie et la santé.

« Analyser ses données contribuera à l’atteinte de la résilience climatique et des objectifs du développement durable dans les villes ivoiriennes», a-t-il expliqué à Scidev.Net.

Aboubacar Sadikh Ndiaye, expert en transformation numérique et technologies de rupture qui enseigne à l’Université virtuelle du Sénégal, estime que l’introduction de l’IA dans la gestion des villes africaines pourrait contribuer à endiguer la ruée prévue vers les zones urbaines.

Selon lui, le problème dans la majorité des pays d’Afrique subsaharienne est que la plupart des emplois sont concentrés dans une seule ville, ce qui justifie le flux de personnes vers ce centre urbain.

« L’introduction de l’IA dans d’autres villes créera des opportunités qui permettront de retenir les jeunes et d’empêcher la migration vers des zones déjà très peuplées », dit Ndiaye.

Réalités africaines

Convaincu que l’IA peut être une alternative durable aux problèmes d’emploi en Afrique, M. Ndiaye estime que les gouvernements africains gagneraient à faire de chaque ville un pôle technologique spécialisé.

« Dans le cas du Sénégal, nous pouvons décider, par exemple, de faire de Saint Louis un centre d’agro-technologie, de Mbour un centre de E-santé, etc. Cela créerait beaucoup d’emplois et empêcherait tout le monde de vouloir vivre à Dakar », ajoute-t-il.

Le chercheur Sénégalaise Seydina Moussa Ndiaye suggère, pour sa part,  que les villes africaines passent par l’étape de la numérisation avant de passer à celle de «  ville intelligente ».

Dans le contexte africain, note-t-il, une grande majorité des villes n’ont pas encore intégré le numérique à la gestion administrative.

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« Comment veut-on  passer du tout papier à une ville complètement intelligente sans passer par une expérience de digitalisation de toutes les procédures ?», s’interroge-t-il.

Les gouvernants africains doivent d’ores et déjà intégrer la digitalisation de toutes   les procédures administratives au risque d’avoir des « villes intelligentes fantômes » du fait du manque de données pour générer des services, prévient-il.

Outre la digitalisation, Seydina Moussa Ndiaye pointe également le faible niveau de connectivité comme frein à l’émergence des villes intelligentes sur le continent.

Il souligne, à cet effet,  la nécessité pour les développeurs de logiciels  en Afrique de concevoir des applications qui fonctionnent sans Internet.

Aussi propose-t-il que des canaux tels que les Unstructured Supplementary Service Data (USSD) – un protocole de communication utilisé par les téléphones cellulaires GSM pour communiquer avec les ordinateurs de l’opérateur du réseau mobile – et le « SMSing » soient privilégiés avant tout dans la conception des solutions numériques.

Cybersécurité

Ndiaye plaide pour une amélioration du taux de couverture et une réduction du coût de l’accès à Internet afin d’encourager son utilisation par la population.

En plus d’investir dans la technologie, conseille-t-il, les gouvernements doivent investir dans la cybersécurité. Avec les villes intelligentes, les données deviendront une question de sécurité publique et de souveraineté nationale.

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« Il est important de tenir compte de cet aspect au niveau local en éduquant les gens sur les données à partir de maintenant et, au niveau national, en mettant en place une politique de cybersécurité », note-t-il.

Ndiaye suggère que l’accent soit également mis sur la recherche, l’innovation, la formation et la mise en valeur de l’expertise locale.

« La meilleure façon pour les villes africaines de protéger les données de leurs habitants et de stimuler leurs secteurs d’innovation est d’utiliser des applications conçues par les développeur au niveau local », explique le chercheur.

Cet article a été publié pour la première fois en Anglais sur Scidev.net. Lire la version originale

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