Le silence radio qui a suivi la tentative d’alunissage de l’engin Resilience le 5 juin dernier a confirmé les craintes des ingénieurs au sol : la Lune reste une destination impitoyable pour les acteurs privés de l’espace. Malgré une préparation minutieuse et une trajectoire orbitale innovante, la société japonaise ispace a dû admettre la perte de son atterrisseur, marquant un coup d’arrêt pour cette mission ambitieuse qui devait ouvrir l’ère de l’exploitation commerciale des ressources lunaires.
- L’alunisseur Resilience n’a pas réussi à décélérer suffisamment, entraînant une perte de communication et l’échec de la mission le 5 juin.
- Cette mission transportait le micro-rover Tenacious et des instruments scientifiques destinés à préparer l’exploitation commerciale de la Lune.
- Malgré ce revers, ispace a validé une trajectoire de transfert à basse énergie complexe et maintient son objectif de commercialisation pour 2027.
Un second échec pour la mission Resilience d’ispace
La tentative d’alunissage du 5 juin s’est soldée par une déception pour les équipes de Tokyo. L’engin spatial Resilience, conçu par la société ispace, n’a pas réussi à effectuer un contact en douceur avec le régolithe lunaire. Selon les premières données de télémétrie, le vaisseau n’a pas pu ralentir de manière adéquate lors de sa phase de descente finale, conduisant à une rupture de communication définitive.
Lors d’une conférence de presse tenue quelques heures après l’incident, Takeshi Hakamada, fondateur et PDG d’ispace, a exprimé la nécessité d’une analyse rigoureuse :
« C’est notre deuxième échec, et au vu de ces résultats, nous devons vraiment prendre la situation au sérieux. Nous devons mener des analyses approfondies pour déterminer la cause exacte des problèmes rencontrés. »
Cette déclaration souligne la difficulté persistante de maîtriser l’alunissage, une étape critique de l’exploration lunaire privée qui continue de défier les ingénieurs du monde entier.

Resilience avait entamé son voyage le 15 janvier dernier, propulsé par une fusée Falcon 9 de SpaceX depuis le centre spatial Kennedy en Floride. Ce lancement partagé transportait également un autre engin privé, le Blue Ghost de la société texane Firefly Aerospace. Si ce dernier a réussi son arrivée sur la Lune le 2 mars, le sort de Resilience rappelle que le succès reste l’exception plutôt que la règle dans ce secteur émergent.
La complexité technique des alunissages privés
Pourquoi l’alunissage est-il si périlleux ? Namrata Goswami, experte en politique spatiale internationale à l’université Johns Hopkins, souligne que « l’alunissage est extrêmement difficile, surtout sur la surface lunaire ». Pour ispace, la stratégie ne consistait pas seulement à arriver à destination, mais à le faire de la manière la plus rentable possible. Contrairement à Blue Ghost qui a emprunté une route directe, Resilience a suivi une trajectoire beaucoup plus longue mais économe en carburant.
Cette approche technique visait à démontrer la viabilité du modèle économique de l’entreprise. En atteignant l’espace lointain avant de se laisser capturer par la gravité lunaire en février, Resilience a prouvé que le matériel et les systèmes de navigation pouvaient fonctionner sur de longues durées en environnement hostile. Cependant, la phase finale de décélération reste le « goulot d’étranglement » technologique. En avril 2023, la première tentative d’ispace s’était déjà soldée par un crash dû à un bug logiciel qui avait faussé l’estimation de l’altitude du lander.
Perspectives : vers une exploitation commerciale de la Lune
Malgré la perte de l’atterrisseur, les ambitions d’ispace ne sont pas totalement anéanties. Le vaisseau transportait six charges utiles commerciales, dont le micro-rover Tenacious, développé par la branche luxembourgeoise de la société. Ce petit robot devait explorer la surface et collecter des échantillons, marquant une étape clé vers l’exploitation des ressources in situ. Une sonde de radiation de l’Université nationale centrale de Taïwan figurait également parmi les instruments perdus.
L’enjeu dépasse la simple prouesse technologique ; il est avant tout économique. ispace avait conclu un accord historique avec la NASA pour lui vendre des roches et du sol lunaires prélevés sur place. « Ce serait la première transaction commerciale sur la Lune et la première transaction hors de notre monde », précise un porte-parole de l’entreprise. L’objectif à long terme est d’extraire et de commercialiser les ressources lunaires, en commençant par l’eau glacée présente aux pôles.
Le secteur de l’économie spatiale observe de près ces tentatives. Pour Namrata Goswami, ces échecs font partie intégrante du processus de « preuve de concept ». Si les deux premières missions d’ispace étaient axées sur la recherche et la conception, la prochaine étape, prévue pour 2027, doit normalement lancer la commercialisation à grande échelle. Takeshi Hakamada a toutefois admis que cet échec récent pourrait influencer le calendrier futur. La route vers une Lune « ouverte aux affaires » s’avère plus sinueuse que prévu, mais la détermination des acteurs privés nippons reste, pour l’heure, intacte.









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