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Espace et Astronomie

Artemis II : la science au cœur du retour humain sur la Lune

Prévue pour décoller prochainement, la mission Artemis II emmènera quatre astronautes autour de la Lune. Bien plus qu'un simple essai technique, ce vol circumlunaire déploiera des expériences médicales de pointe et s'appuiera sur l'observation humaine pour étudier la face cachée de notre satellite.

Artemis II : la science au cœur du retour humain sur la Lune
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Pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, des équipages humains s’apprêtent à frôler de nouveau notre satellite naturel. La mission Artemis II de la NASA, dont le lancement est désormais prévu pour le mois de mars, transportera quatre astronautes pour un survol circumlunaire. Ce périple marquera l’approche la plus lointaine réalisée par des êtres humains depuis le retour de la mission Apollo 17 en 1972, constituant ainsi un jalon essentiel dans l’exploration spatiale et l’astronomie moderne.

  • La mission Artemis II embarquera quatre astronautes pour un vol circumlunaire de dix jours, agissant comme un test technologique majeur pour les futures explorations lointaines.
  • L’équipage réalisera des expériences biomédicales en orbite, incluant l’utilisation d’un « organe sur puce » pour analyser l’impact du milieu spatial au niveau génétique.
  • Les astronautes observeront directement la face cachée de la Lune, tirant parti de la sensibilité visuelle humaine pour détecter des détails et des événements furtifs invisibles pour les sondes.

Un vol d’essai aux ambitions scientifiques inédites

Initialement programmée pour début février, la mission a été reportée à la suite d’une répétition générale le 2 février, au cours de laquelle une fuite a été détectée dans le système de remplissage en hydrogène liquide de la fusée. Ce délai permet à la NASA de procéder à des vérifications supplémentaires.

À bien des égards, ce vol rappelle la mission Apollo 8 de 1968, qui avait vu des humains orbiter autour de la Lune pour la première fois. Selon l’historienne de l’espace Teasel Muir-Harmony, conservatrice au National Air and Space Museum de Washington, l’objectif premier d’Apollo 8 était de devancer les Soviétiques. Bien qu’Artemis II soit avant tout une démonstration technologique visant à tester les systèmes de survie dans l’espace lointain, la dimension scientifique y est désormais intimement intégrée.

L’équipage sera composé de Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Koch de la NASA, ainsi que de l’astronaute canadien Jeremy Hansen. Après un lancement sur le lanceur lourd Space Launch System (SLS), la capsule Orion effectuera deux orbites terrestres pour valider ses systèmes avant de s’élancer sur une trajectoire lunaire en forme de 8. Le voyage complet durera environ dix jours, emmenant les astronautes à près de 400 000 kilomètres de la Terre.

Trois astronautes en combinaison spatiale dans une centrifugeuse
L’équipage d’Apollo 8 s’entraînant dans une centrifugeuse au Marshall Space Flight Center de la NASA en 1968. (NASA)

Le corps humain comme laboratoire spatial

L’un des buts ultimes du programme Artemis est de préparer le terrain pour une présence humaine durable sur la Lune, et à plus long terme, pour des missions vers Mars. Par conséquent, une part significative des recherches sera consacrée à l’étude physiologique des astronautes eux-mêmes, soumis aux rayonnements cosmiques provenant des confins de la Voie lactée et d’ailleurs, sans la protection du bouclier magnétique terrestre.

Des capteurs biométriques portés au poignet surveilleront en continu leurs mouvements, leur sommeil et leur niveau de stress. Ils transporteront également des dosimètres pour mesurer l’exposition aux particules de haute énergie, tandis que des échantillons de salive permettront de suivre l’évolution de leurs biomarqueurs immunitaires tout au long du vol.

Puce transparente tenue par des doigts gantés imitant la moelle osseuse
Une puce mimant la moelle osseuse de l’équipage permettra de mesurer les effets du vol spatial sur les gènes des astronautes. (Emulate)

L’innovation la plus marquante reste l’intégration d’un « organe sur puce », semblable à une clé USB, contenant des cellules issues du propre sang des astronautes. Ce dispositif reproduit le fonctionnement de la moelle osseuse. Une fois de retour sur Terre, les chercheurs analyseront comment l’expression génétique de ces cellules immunitaires a été modifiée par les conditions extrêmes de l’espace.

L’observation inédite de la face cachée

La Lune sera également un objet d’étude à part entière. Bien que les instruments robotiques modernes et les observatoires de nouvelle génération comme le télescope spatial James Webb offrent des données inestimables sur le cosmos, l’œil humain conserve des capacités d’analyse immédiate uniques. Marie Henderson, planétologue au Goddard Space Flight Center de la NASA, souligne que l’équipage bénéficiera d’un ensoleillement optimal pour observer la face cachée de la Lune, bien supérieur à ce qu’avaient connu les équipages d’Apollo lors de leurs survols rapides.

Vaisseau spatial devant la face cachée de la Lune
La capsule spatiale Orion a photographié la face cachée de la Lune en 2022, mais sans équipage à bord. (NASA)

Les astronautes pourraient détecter des événements transitoires, tels que l’éclair lumineux provoqué par l’impact d’une météorite. Leur vision stéréoscopique permettra également d’appréhender la profondeur et la topographie avec une rapidité que les sondes mettent des mois à modéliser. La sensibilité humaine aux nuances de couleurs a déjà fait ses preuves par le passé : les astronautes d’Apollo 17 avaient ainsi repéré depuis l’orbite un sol orange distinctif, qui s’est avéré être constitué de fragments de roche volcanique datant de 3,6 milliards d’années.

Des géologues en orbite

Contrairement à la mission Apollo 8, conçue dans l’urgence, les membres d’Artemis II ont suivi un entraînement scientifique rigoureux. Jeremy Hansen est titulaire d’une maîtrise en physique, tandis que Christina Koch possède une solide expérience des campagnes scientifiques isolées dans l’Arctique et l’Antarctique.

Deux femmes en tenue de pluie dans un paysage rocheux en Islande
L’astronaute Christina Koch (à droite) et la responsable de la formation en géologie Cindy Evans s’exercent aux observations géologiques en Islande en août 2024. (Robert Markowitz/JSC/NASA)

L’équipage a participé à des expéditions géologiques sur des terrains analogues à la surface lunaire, notamment en Islande et en Arizona. Ils ont également mené des simulations interactives au sol, utilisant parfois une immense Lune gonflable suspendue par une grue pour s’exercer à décrire avec précision les textures, les formes et les couleurs des cratères.

Lune gonflable suspendue dans un grand hangar pour simulation
Les astronautes et les équipes au sol réalisent des simulations pour s’entraîner aux observations visuelles à l’aide d’une immense Lune gonflable au Johnson Space Center de la NASA. (James Blair/JSC/NASA)

Une salle de contrôle dédiée à la recherche

Durant les quelques heures de frénésie que durera le survol lunaire, l’équipe scientifique ne sera pas reléguée au second plan. Une nouvelle salle d’évaluation scientifique a été mise en place au Johnson Space Center de Houston. Dirigée par Marie Henderson, une équipe de géologues y analysera les données en temps réel.

Les échanges avec la capsule se feront par l’intermédiaire de Kelsey Young, qui occupe le poste inédit d’officier scientifique au sein de la salle de contrôle principale. Son rôle sera de s’assurer que les impératifs de recherche sont pris en compte dans les décisions opérationnelles, comme l’orientation de la capsule pour optimiser l’angle d’observation.

Si la géométrie exacte du survol reste une variable dépendante de la date de lancement, les scientifiques demeurent confiants quant à la richesse des données qui seront récoltées. Les observations humaines de ce monde stérile et criblé d’impacts fourniront des pistes cruciales pour les futures alunissages, tout en ouvrant un nouveau chapitre de notre compréhension de la géologie lunaire.

mission Artemis II
Source: https://www.sciencenews.org/article/artemis-ii-humans-moon-science-shotgun

DavidRédaction ScienceActu

David contribue à ScienceActu sur la santé, les sciences de la vie et la vulgarisation. Les contenus santé sont informatifs et ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé. Ce profil ne revendique pas de qualification médicale.

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