À seulement 4,3 années-lumière de la Terre, le système Alpha du Centaure représente depuis longtemps le « Saint Graal » pour les astronomes en quête de mondes voisins. Si Proxima du Centaure, la naine rouge du système, est connue pour abriter des planètes, ses deux compagnes de type solaire, Alpha Centauri A et B, sont restées jusqu’ici mystérieuses. Une nouvelle analyse des données du télescope spatial James Webb (JWST) pourrait bien changer la donne en révélant la présence potentielle d’une géante gazeuse autour d’Alpha Centauri A.
- Un candidat exoplanète a été imagé directement par le télescope James Webb près de l’étoile Alpha Centauri A.
- L’objet, s’il est confirmé, serait une géante gazeuse orbitant dans la zone habitableZone habitable La Zone habitable désigne la région théorique autour d'une étoile où la température à la surface d'une planète orbitant en son sein permettrait à l'eau de rester à l'état liquide,…, excluant probablement la présence de terres jumelles.
- De nouvelles observations prévues pour août 2026 seront nécessaires pour valider cette découverte encore incertaine.
Cette découverte potentielle, détaillée dans deux études à paraître dans Astrophysical Journal Letters, marque un tournant dans l’utilisation de l’imagerie directe pour l’étude des exoplanètes proches. Bien que la prudence reste de mise, la détection d’un tel corps céleste dans la zone habitable de notre plus proche voisin solaire constituerait une avancée majeure pour notre compréhension de la formation planétaire locale.
Un défi technique relevé par l’infrarouge
Observer des planètes autour d’Alpha Centauri A relève de la prouesse technique. La proximité du système est paradoxalement un obstacle : la luminosité éblouissante de l’étoile hôte noie littéralement tout objet environnant dans son éclat. De plus, la lumière de l’étoile compagne, Alpha Centauri B, ajoute une « pollution » lumineuse complexe à traiter. Jusqu’à présent, aucune méthode de transit (baisse de luminosité de l’étoile) n’avait permis de détecter quoi que ce soit.

Pour contourner ces difficultés, l’équipe dirigée par l’astrophysicien Aniket Sanghi (Caltech) s’est tournée vers le télescope spatial James Webb. En août 2024, les chercheurs ont exploité les capacités infrarouges inédites du JWST, couplées à un coronographe — un instrument permettant de masquer le disque stellaire pour révéler les objets moins lumineux à proximité. Des algorithmes de traitement d’image ont ensuite été appliqués pour soustraire les résidus de lumière des deux étoiles principales.
L’analyse a révélé une source ponctuelle intrigante près d’Alpha Centauri A. En combinant ces nouvelles images avec des données d’archives du Very Large Telescope (VLT) situé au Chili, les scientifiques ont pu estimer les caractéristiques orbitales de cet objet mystérieux.
Une géante dans la zone habitable
Le candidat détecté présente des propriétés singulières. Il suivrait une orbite elliptique d’une période d’environ deux ans. À son périhélie (le point le plus proche de son étoile), il se situerait à une distance équivalente à celle séparant la Terre du Soleil, avant de s’éloigner jusqu’à deux fois cette distance. Cette trajectoire place l’objet directement dans la « zone habitable » d’Alpha Centauri A, cette région théorique où l’eau pourrait exister à l’état liquide.
Cependant, la notion d’habitabilité doit ici être nuancée. Selon les estimations de masse — comparable à Saturne — et de taille — similaire à Jupiter —, il s’agirait très probablement d’une géante gazeuse. Comme l’explique Aniket Sanghi, l’atmosphère d’un tel corps ne permettrait pas le développement de la vie telle que nous la concevons.
Incertitudes et attente de confirmation
La communauté scientifique, bien qu’enthousiaste, reste prudente. Eric Agol, astrophysicien à l’Université de Washington, rappelle qu’il a vu de nombreux candidats exoplanètes apparaître puis disparaître au fil des analyses ultérieures. Il souligne néanmoins que si cette découverte est validée, elle constituerait le meilleur cas d’étude connu pour la caractérisation directe d’une exoplanète en zone habitable autour d’une étoile de type solaire.
La confirmation ne sera pas immédiate. Des observations de suivi menées par le JWST en 2025 n’ont pas permis de retrouver l’objet. Ce résultat négatif était toutefois prédit par les simulations informatiques : à ce moment précis de son orbite, la planète candidate était trop proche de l’étoile pour être distinguée par le télescope. L’équipe d’Aniket Sanghi prévoit de pointer à nouveau le JWST vers Alpha Centauri A en août 2026, date à laquelle la séparation angulaire devrait être suffisante pour une nouvelle détection.
Vers une nouvelle ère de l’imagerie directe
Au-delà du cas spécifique d’Alpha Centauri, ces travaux illustrent une évolution méthodologique majeure. Sara Seager, astrophysicienne au MIT, note que cette recherche symbolise le passage de flambeau vers l’imagerie directe comme outil privilégié pour sonder les systèmes voisins. Cette technique, longtemps réservée aux planètes très jeunes et éloignées de leur étoile, commence à atteindre la sensibilité nécessaire pour explorer les zones habitables des étoiles matures.
Pour mieux comprendre le contexte cosmologique de cette découverte et la place de notre système solaire dans l’Univers, consultez notre dossier complet dans le guide de l’astronomie et de l’Univers.









La discussion