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Espace et Astronomie

Découverte de 3 000 nouvelles galaxies à structure polaire

Les astronomes ont identifié des milliers de nouvelles galaxies entourées d'anneaux d'étoiles perpendiculaires. Une découverte majeure qui bouleverse notre compréhension de l'évolution et des fusions galactiques.

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États-Unis

Dans le vaste ballet cosmique, la plupart des galaxies adoptent une chorégraphie ordonnée, confinant leurs étoiles, leur gaz et leur poussière dans un disque plat et régulier. Pourtant, certaines structures défient cette norme apparente en arborant de gigantesques anneaux perpendiculaires à leur corps principal. Telles des robes à crinoline de l’époque victorienne, ces formations majestueuses interrogent les scientifiques sur la dynamique de notre Univers. Récemment, l’identification de plusieurs milliers de ces objets atypiques est venue bouleverser l’échelle de ce phénomène, offrant aux chercheurs un nouveau laboratoire naturel pour comprendre comment les structures galactiques se transforment au fil du temps.

  • Une nouvelle analyse révèle l’existence d’environ 3 000 candidates au titre de galaxies à structure polaire, multipliant par dix le nombre de ces objets connus.
  • Ces architectures perpendiculaires, façonnées par l’accrétion ou la fusion avec d’autres galaxies, témoignent des violentes collisions passées.
  • La combinaison des données du relevé DESI et du télescope spatial Euclid permet d’observer ces formations jusqu’à 11 milliards d’années dans le passé cosmique.

Une architecture galactique atypique

Le monde de l’astrophysique, largement documenté dans notre guide sur l’astronomie et l’Univers, classe généralement les galaxies selon des morphologies bien définies, comme les spirales ou les elliptiques. Les galaxies à structure polaire, quant à elles, se distinguent par une ceinture d’étoiles, de gaz ou de poussière qui orbite à un angle presque droit par rapport au disque galactique principal.

Jusqu’à tout récemment, ces formations perpendiculaires étaient considérées comme des anomalies rarissimes. Bien que les astronomes en observent depuis les années 1970, le catalogue officiel ne comptait, au début de l’année 2024, que quelques centaines de spécimens documentés. Ce faible échantillon limitait considérablement la capacité des chercheurs à tirer des conclusions statistiques solides sur leur origine et leur fréquence.

Image télescopique d'une galaxie allongée et brillante dotée d'un noyau central lumineux, encerclée par un anneau déformé d'étoiles et de gaz, sur un fond constellé d'étoiles et de galaxies.
La galaxie NGC 660 est un exemple classique de galaxie à anneau polaire, où une ceinture d’étoiles et de gaz orbite de façon quasi perpendiculaire à son disque principal. (Crédit : International Gemini Observatory/AURA)

Cette perception a radicalement changé lors d’une conférence de presse tenue le 5 janvier, à l’occasion d’une réunion de l’American Astronomical Society. Jacob Guerrette, astronome à l’Université Brigham Young (Provo, Utah), a présenté des résultats inédits démontrant que ces structures sont bien plus répandues qu’on ne le supposait. Selon ses estimations, environ 2 % de l’ensemble des galaxies massives situées dans notre voisinage cosmique hébergeraient des structures polaires.

L’apport décisif des instruments de nouvelle génération

Pour réaliser ce bond quantitatif, l’équipe de recherche s’est appuyée sur les capacités exceptionnelles de l’instrument DESI (Dark Energy Spectroscopic Instrument), installé à l’observatoire national de Kitt Peak, en Arizona. En analysant méticuleusement les données spectroscopiques, les scientifiques ont pu identifier près de 3 000 nouvelles galaxies candidates présentant des structures polaires. Cette découverte multiplie par dix le nombre de ces objets célestes connus, ouvrant ainsi une nouvelle ère pour l’astronomie extragalactique.

Les structures polaires identifiées prennent des formes très variées. Si certaines ressemblent à des cerceaux nets et parfaitement dessinés, d’autres s’apparentent davantage à des flux étirés de gaz et d’étoiles, à des halos diffus ou encore à de vastes renflements. Cette diversité morphologique suggère que les mécanismes de formation, bien que reposant sur des principes physiques similaires, dépendent fortement des conditions initiales de l’environnement galactique.

Des vestiges de collisions titanesques

La présence de matière orbitant à un angle prononcé par rapport au plan galactique ne doit rien au hasard. Les lois fondamentales de la physique offrent une explication rigoureuse à ce phénomène. En l’absence de perturbation extérieure, le principe de conservation du moment cinétique impose que le gaz et les étoiles d’une galaxie en rotation tendent à s’aligner progressivement sur un même plan, formant ainsi un disque plat.

Pour qu’une galaxie arbore des « apparats » polaires, elle a nécessairement dû subir une interaction gravitationnelle violente avec un ou plusieurs autres corps célestes. Comme l’explique Jacob Guerrette, cette matière désaxée n’a pu être injectée que par un intrus cosmique. Il peut s’agir d’une accrétion lente de matière provenant d’une galaxie naine voisine, ou bien d’une fusion cataclysmique entre deux galaxies de tailles similaires.

Même notre propre voisinage galactique pourrait être concerné. L’astronome souligne que la Voie lactée elle-même posséderait potentiellement des structures polaires résiduelles, bien que celles-ci soient actuellement trop ténues pour être confirmées avec certitude par nos instruments.

Sonder le passé cosmique pour comprendre l’évolution

L’intérêt scientifique de ces découvertes dépasse largement la simple taxonomieTaxonomie Taxonomie désigne la branche fondamentale de la biologie qui a pour objet de décrire, de nommer et de classer les organismes vivants au sein d'un système hiérarchisé, en se basant… galactique. Ces structures polaires agissent comme des archives tridimensionnelles des fusions passées. Bien que toutes les galaxies ne développent pas d’anneaux polaires, une immense majorité d’entre elles traverse des phases d’accrétion ou de fusion au cours de leur existence. L’étude de ce sous-ensemble spécifique de galaxies polaires fournit donc une fenêtre d’observation privilégiée pour déchiffrer les règles générales de l’évolution galactique.

Pour remonter encore plus loin dans le temps, les astronomes ne se sont pas contentés des données de DESI. La lumière des galaxies à structure polaire les plus lointaines repérées dans ce relevé a mis environ 7,8 milliards d’années pour atteindre la Terre. En intégrant des données supplémentaires issues du télescope spatial Euclid, l’équipe a pu prolonger son champ de vision bien plus profondément dans l’histoire de l’Univers.

Des perspectives jusqu’aux origines

Cette synergie instrumentale a permis d’étendre l’échantillon à des périodes reculées de plus de 11 milliards d’années, une époque relativement proche des origines de l’Univers. À l’avenir, les chercheurs ambitionnent d’exploiter la combinaison de ces immenses ensembles de données pour suivre avec précision la manière dont les interactions galactiques et les structures polaires ont évolué tout au long des différentes ères cosmiques.

Il reste désormais à modéliser la durée de vie de ces structures polaires. Sont-elles des phénomènes transitoires à l’échelle cosmologique, appelés à se dissiper en quelques centaines de millions d’années, ou représentent-elles des configurations particulièrement stables ? Les prochaines campagnes d’observation, épaulées par l’intelligence artificielle pour trier les milliards de sources lumineuses captées par Euclid, s’attelleront à répondre à ces nouvelles interrogations passionnantes.

galaxies à structure polaire
Source: https://www.sciencenews.org/article/polar-structure-galaxies-stars-disks

LaraRédaction ScienceActu

Lara contribue à ScienceActu sur l’intelligence artificielle, l’espace et l’actualité scientifique. Ses articles s’appuient sur les sources indiquées dans chaque publication. Ce profil ne revendique pas de qualification médicale.

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