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Physique et Chimie

Graphène à angle magique : preuve d’une supraconductivité unique

Une étude publiée dans la revue Science confirme que le graphène empilé à un angle précis agit comme un supraconducteur non conventionnel. Cette découverte, réalisée par le MIT, permet d'observer des mécanismes de conduction sans résistance jusqu'ici mal compris dans un système de carbone pur.

Graphène à angle magique : preuve d’une supraconductivité unique
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États-Unis,France

L’empilement minutieux de feuilles de carbone à l’échelle atomique permet d’éveiller des propriétés qui défient notre compréhension classique de la matière. Lorsqu’elles sont orientées selon un axe d’une extrême précision, ces strates acquièrent une capacité extraordinaire : celle de transporter l’électricité sans aucune déperdition énergétique. La maîtrise de cette architecture à deux dimensions offre aujourd’hui aux physiciens une fenêtre inédite sur l’un des phénomènes les plus énigmatiques de la physique moderne, ouvrant potentiellement la voie à des avancées technologiques majeures.

  • Un matériau composé de trois couches de graphène torsadées confirme son statut de supraconducteur atypique avec une certitude sans précédent.
  • L’observation de « nœuds » dans l’énergie de liaison révèle que les électrons adoptent des comportements différents selon leur direction de déplacement.
  • Cette simplicité chimique offre un modèle idéal pour décrypter les mécanismes quantiques sous-jacents, dans l’espoir de concevoir de futurs matériaux fonctionnant à température ambiante.

Le 6 novembre dernier, une équipe dirigée par le physicien Pablo Jarillo-Herrero, chercheur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), a publié dans la prestigieuse Revue Science des résultats déterminants. Leurs travaux apportent la preuve formelle qu’un assemblage spécifique de carbone — connu sous le nom de graphène à angle magique — appartient bel et bien à une classe de matériaux extrêmement rares, capables de bouleverser l’ingénierie énergétique de demain.

Illustration abstraite d'une loupe observant une structure à trois couches abritant des paires d'électrons en mouvement
Une structure composée de trois couches de graphène empilées et décalées présente des caractéristiques propres à une supraconductivité atypique, permettant aux électrons de voyager sans entrave. (Sampson Wilcox et Emily Theobald/MIT RLE)

Le mystère des supraconducteurs non conventionnels

Tous les supraconducteurs partagent une propriété spectaculaire : une fois refroidis en dessous d’une certaine température critique, ils laissent circuler le courant électrique avec une résistance nulle. Ces matériaux sans résistance transforment l’approche des technologies électriques, allant de l’imagerie médicale à la transmission d’énergie à longue distance, en passant par des applications fascinantes comme la lévitation magnétique spectaculaire observée dans certains trains à grande vitesse.

Dans les supraconducteurs classiques, ce phénomène est relativement bien théorisé. Les électrons, qui se repoussent normalement en raison de leur charge négative identique, finissent par s’associer pour faciliter leur transit à travers le réseau cristallin du matériau. Ces duos, appelés paires de Cooper, se forment grâce aux interactions complexes entre les électrons et les vibrations des atomes qui composent le réseau. Ce mécanisme d’appariement fondamental illustre les principes que l’on retrouve détaillés dans tout guide complet explorant les lois fondamentales de la matière.

Cependant, dans les années 1980, la découverte des cuprates — des matériaux à base de cuivre — a révélé l’existence d’une supraconductivité non conventionnelle. Ces étranges matériaux nécessitent un refroidissement moins extrême pour fonctionner, mais ils échappent totalement au modèle théorique standard. Bien que des paires de Cooper s’y forment également, les physiciens ignorent toujours ce qui agit véritablement comme une « colle » entre ces électrons, constituant l’un des plus grands défis de la physique quantique contemporaine.

Le graphène à angle magique : un laboratoire de carbone pur

C’est ici que les feuillets bidimensionnels de carbone entrent en scène. En 2018, l’équipe de Pablo Jarillo-Herrero avait déjà créé l’événement en démontrant que deux couches de graphène, superposées et légèrement pivotées l’une par rapport à l’autre selon un angle très précis, pouvaient générer une absence totale de résistance électrique. À l’époque, de forts soupçons pointaient vers une nature atypique du phénomène, mais les preuves irréfutables manquaient. Aujourd’hui, avec l’utilisation de trois couches de graphène, la démonstration franchit un cap décisif.

L’intérêt majeur de ce système en triple couche réside dans sa pureté. Ali Yazdani, physicien à l’Université de Princeton non impliqué dans cette étude, souligne que la communauté scientifique a toujours été en quête de matériaux fondamentalement plus simples pour examiner ces propriétés quantiques exotiques. Il explique que le graphène à angle magique est un système chimiquement vierge, constitué uniquement d’atomes de carbone, ce qui le rend beaucoup plus lisible à analyser que les complexes cuprates utilisés par le passé.

Mesurer l’écart supraconducteur par effet tunnel quantique

Pour statuer sur la nature exacte de cette supraconductivité, les scientifiques scrutent ce que l’on nomme l’écart supraconducteur, c’est-à-dire l’énergie précise requise pour briser une paire d’électrons. C’est une véritable signature énergétique. Dans un matériau standard, cette valeur reste constante, quel que soit l’électron en mouvement. À l’inverse, dans un contexte de supraconductivité non conventionnelle, cet écart d’énergie est variable selon la quantité de mouvement et la direction des électrons. Dans certaines trajectoires spécifiques, la barrière énergétique devient même nulle : on appelle ces directions des « nœuds ».

Pour traquer la présence de ces nœuds dans le graphène à angle magique, les chercheurs du MIT ont élaboré un dispositif complexe en « sandwich ». Ils ont inséré un isolant spécifique, le nitrure de bore hexagonal, entre deux assemblages distincts de trois couches de graphène torsadé.

Diagramme montrant différentes couches de matériaux violets, bleus et dorés superposées
Schéma de l’empilement (hétérostructure) utilisé par les chercheurs pour mesurer avec précision la barrière énergétique des paires d’électrons à travers une couche isolante. (*et al/Science* 2025)

Ensuite, l’équipe a évalué la capacité des électrons à traverser l’isolant en utilisant l’effet tunnel quantique, un phénomène par lequel des particules traversent une barrière physique apparemment infranchissable. La mesure précise de ces sauts a permis de déduire l’énergie exacte de liaison des paires de Cooper au sein du matériau. Le verdict s’est avéré sans appel : le comportement énergétique mesuré correspondait parfaitement à celui d’un supraconducteur doté de nœuds.

La présence de ces nœuds implique que les électrons se dirigeant dans certaines directions échappent totalement à la formation des paires de Cooper. Selon Allan MacDonald, physicien à l’Université du Texas à Austin, cette expérimentation illustre de façon particulièrement convaincante la dynamique interne qui régit ces structures torsadées. L’ajustement du champ magnétique et de la température lors de l’étude a d’ailleurs confirmé les prédictions théoriques de manière univoque.

Cette accumulation de preuves engendre un véritable engouement au sein de la physique de la matière condensée. Alors que d’anciennes études présentaient déjà des indices allant dans ce sens, le consensus actuel offre une base solide pour formuler une nouvelle théorie globale. Comme l’affirme Ali Yazdani, les avancées scientifiques majeures se produisent lorsque plusieurs travaux distincts et expérimentations variées finissent par chanter en chœur la même mélodie. La maîtrise du graphène à angle magique pourrait bien être la clé tant attendue pour percer le mystère des supraconducteurs et propulser nos capacités technologiques vers une ère sans gaspillage d’énergie.

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Source:

LaraRédaction ScienceActu

Lara contribue à ScienceActu sur l’intelligence artificielle, l’espace et l’actualité scientifique. Ses articles s’appuient sur les sources indiquées dans chaque publication. Ce profil ne revendique pas de qualification médicale.

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