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Vie et Évolution

Écologie : un jeu de rôle grandeur nature au Québec

Des scientifiques de l'Université Laval ont transformé une forêt québécoise en terrain de jeu pour étudier la dynamique prédateur-proie. En utilisant des humains comme cobayes, l'expérience TrophIE révèle que nos choix stratégiques imitent de près ceux des animaux sauvages en milieu naturel.

Écologie : un jeu de rôle grandeur nature au Québec
Écologie : un jeu de rôle grandeur nature au Québec
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Sources

  • sciencenews.org
  • Wiley
4 sources citées
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Traqué au cœur d’une forêt dense, un individu doit soudainement trancher : s’exposer pour trouver de la nourriture ou rester tapi dans l’ombre pour préserver sa vie. Ce dilemme, au cœur de la survie animale, n’était pas ici vécu par un cervidé ou un félin, mais par l’écologue David Bolduc. Dans une forêt du Québec, ce chercheur s’est prêté à un exercice inhabituel où l’être humain devient à la fois le chasseur et la proie pour percer les secrets de la dynamique prédateur-proie.

  • Le projet TrophIE utilise des simulations humaines en milieu naturel pour pallier les difficultés d’observation de la faune sauvage.
  • Les participants, équipés de GPS, ont adopté des comportements de survie et de recherche de ressources étonnamment proches de ceux des animaux.
  • Cette méthode hybride offre un nouveau pont entre les modèles mathématiques abstraits et les études de terrain complexes en écologie comportementale.

David Bolduc, chercheur à l’Université Laval à Québec, participait à une expérience conçue pour explorer les comportements trophiques en milieu sauvage. En appliquant des règles simples, les joueurs ont manifesté des processus décisionnels comparables à ceux observés chez les espèces animales. Ces travaux, menés par Bolduc et ses collègues, ont été publiés le 17 novembre dans la revue scientifique Methods in Ecology and Evolution.

Simulation prédateur-proie en forêt québécoise
Lors d’une simulation au Québec, un joueur « proie » (à gauche) consulte sa fiche de score, tandis qu’un « mésoprédateur » (au centre) s’embusque et que des « superprédateurs » en gilets rouges patrouillent.

Une simulation grandeur nature en forêt boréale

Baptisé TrophIE (Trophic Interactions Experiment), ce dispositif a vu le jour en 2023 lors d’une école d’été consacrée à l’analyse des données massives (big dataBig Data Big Data (ou mégadonnées) désigne des ensembles de données si volumineux, rapides et complexes qu'ils dépassent les capacités des outils de gestion de bases de données traditionnels, constituant ainsi le…). L’objectif initial était de fournir aux étudiants un jeu de données complexe et réaliste pour tester des techniques analytiques avancées. Le cadre choisi : un parc provincial situé à environ deux heures au nord de Montréal, offrant l’immersion nécessaire à une simulation faune crédible.

Les chercheurs ont organisé neuf sessions de 30 minutes, impliquant chacune entre 23 et 31 participants. Chaque joueur se voyait attribuer un rôle spécifique au sein de la chaîne trophique, identifiable par la couleur de son gilet : les proies, les mésoprédateurs (prédateurs intermédiaires) et les superprédateurs (ou apex predators). Les proies devaient s’alimenter et trouver des partenaires sans se faire capturer, tandis que les superprédateurs avaient pour mission de chasser les deux autres catégories.

Des comportements humains qui imitent la faune sauvage

L’un des aspects les plus fascinants de l’étude réside dans la convergence des comportements. Bien que conscients de participer à un jeu, les participants ont instinctivement adopté des stratégies de survie analogues à celles des animaux. Les données recueillies montrent que les joueurs préféraient les zones familières et que les proies évitaient systématiquement les sentiers principaux, jugés trop exposés au risque de prédation.

Selon les résultats détaillés dans Methods in Ecology and Evolution, les décisions étaient dictées par un arbitrage permanent entre la sécurité et la compétition. Au-delà des trajectoires GPS, les chercheurs ont pu recueillir des témoignages qualitatifs : le craquement des feuilles sous les pas ou la perception visuelle des mouvements. Cette dimension sensorielle, inaccessible avec des sujets animaux, enrichit considérablement la compréhension des mécanismes de peur et de vigilance.

Certaines stratégies émergentes ont même surpris les concepteurs du jeu. Par exemple, des joueurs incarnant des proies ont choisi de rester groupés dans des refuges sécurisés tout en émettant des appels sonores pour attirer des partenaires, reproduisant ainsi des comportements de parade nuptiale observés chez plusieurs espèces en situation de stress environnemental.

Entre modélisation mathématique et observation de terrain

Pour Frédéric Dulude-de Broin, biologiste à l’Université Laval, TrophIE occupe une place unique dans l’arsenal méthodologique de l’écologie comportementale. « Le jeu est devenu une sorte d’intermédiaire entre les modèles mathématiques théoriques et les études de terrain », explique-t-il. Il permet de conserver un haut degré de réalisme paysager tout en contrôlant les paramètres expérimentaux et en mesurant chaque interaction de manière exhaustive.

Toutefois, la communauté scientifique appelle à une certaine prudence. Liana Zanette, écologue de la faune à l’Université Western en Ontario, souligne que le jeu pour le plaisir ne saurait remplacer totalement l’instinct de survie pur. Si elle juge l’initiative « brillante » d’un point de vue pédagogique pour concrétiser des concepts abstraits, elle rappelle que toute découverte issue de TrophIE doit être validée par des expérimentations complémentaires sur des populations animales réelles.

L’enjeu reste de déterminer si la stratégie de camouflage et de fuite humaine est un substitut fiable à l’évolution biologique. Néanmoins, l’enthousiasme des participants en fin de partie témoigne de la puissance de l’expérience. Pour David Bolduc, ressentir physiquement la pression de la chasse permet d’appréhender les dynamiques écologiques sous un angle cognitif totalement nouveau, ouvrant ainsi la voie à une science plus immersive et incarnée.

DavidRédaction ScienceActu

David contribue à ScienceActu sur la santé, les sciences de la vie et la vulgarisation. Les contenus santé sont informatifs et ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé. Ce profil ne revendique pas de qualification médicale.

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