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Vie et Évolution

Flores : la sécheresse aurait causé la perte des « hobbits »

Des analyses de stalagmites suggèrent qu'une période de sécheresse prolongée a frappé l'île de Flores avant l'extinction de l'Homo floresiensis. Ce manque d'eau critique aurait décimé les ressources alimentaires, notamment les éléphants nains chassés par ces hominidés.

Flores : la sécheresse aurait causé la perte des « hobbits »
Flores : la sécheresse aurait causé la perte des « hobbits »
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Sources

  • Nature
  • sciencenews.org
3 sources citées
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Pendant des millénaires, l’île de Flores, en Indonésie, a abrité l’une des branches les plus énigmatiques de l’arbre généalogique humain. Surnommés les « hobbits » en raison de leur petite taille, les membres de l’espèce Homo floresiensis ont brusquement disparu des registres fossiles il y a environ 50 000 ans. Si le mystère de leur extinction a longtemps alimenté les débats, une nouvelle étude pointe désormais un coupable climatique : une sécheresse prolongée et dévastatrice qui aurait bouleversé l’écosystème fragile de l’île.

  • Une période d’aridité extrême a frappé l’île de Flores entre 61 000 et 55 000 ans avant notre ère.
  • L’effondrement des précipitations a entraîné le tarissement des rivières, impactant directement le Stegodon, principale source de nourriture des hominidés.
  • La disparition de Homo floresiensis de la grotte de Liang Bua coïncide avec ces records de sécheresse, suggérant une extinction multifactorielle.

La découverte de ces petits hominidés, mesurant à peine un mètre de haut, avait stupéfié la communauté scientifique au début des années 2000. Les vestiges retrouvés dans la grotte de Liang Bua, située dans les hautes terres de l’île, témoignaient d’une adaptation remarquable à un environnement insulaire. Pourtant, après 50 000 ans, toute trace d’occupation humaine s’évapore. Selon des travaux publiés le 8 décembre dans la revue Communications Earth & Environment, ce déclin ne serait pas le fruit du hasard, mais la conséquence d’un stress environnemental sans précédent.

Reconstitution du visage d'Homo floresiensis
Une reconstitution montre à quoi pourrait avoir ressemblé le visage de Homo floresiensis, également connu sous le nom de hobbit.

Des archives climatiques piégées dans les stalagmites

Pour reconstituer l’histoire des pluies sur Flores, une équipe de chercheurs dirigée par Nick Scroxton, spécialiste en paléoclimatologie à l’université de Maynooth en Irlande, s’est tournée vers la géochimie. Les stalagmites, qui croissent par l’accumulation de minéraux transportés par l’eau s’infiltrant depuis le plafond des grottes, agissent comme de véritables enregistreurs du temps. Chaque couche de calcite emprisonne des signatures chimiques révélatrices des conditions météorologiques de l’époque.

Les scientifiques ont analysé deux indicateurs clés. D’une part, les variations des niveaux de magnésium et de calcium. Lors des périodes sèches, le calcium a tendance à précipiter avant d’atteindre la grotte, laissant une concentration plus élevée de magnésium dans l’eau de ruissellement. D’autre part, les isotopes de l’oxygène permettent de traquer l’intensité de la mousson d’été. L’oxygène-18, plus lourd, tombe généralement en premier lors des pluies au-dessus de l’océan ; ainsi, une pluie pauvre en cet isotopeIsotope Isotope désigne une variante d'un élément chimique dont le noyau contient le même nombre de protons (numéro atomique) que les autres atomes de cet élément, mais un nombre différent de… sur l’île indique une saison des pluies vigoureuse.

Les résultats sont sans appel : les archives montrent une baisse constante des précipitations annuelles entre 76 000 et 61 000 ans. Mais c’est entre 61 000 et 55 000 ans que la situation est devenue critique. Les étés sont devenus particulièrement arides, avec un volume de pluie chutant à environ 450 millimètres par saison, soit la moitié de ce que l’île reçoit aujourd’hui. « Il s’agit du premier enregistrement climatique de haute qualité pour Flores », souligne Nick Scroxton. « Si plusieurs facteurs ont pu jouer, le climat a presque certainement eu un rôle majeur. »

Un effondrement des précipitations fatidique pour la faune

Cette aridité extrême n’a pas seulement affecté la disponibilité de l’eau potable pour Homo floresiensis ; elle a brisé la chaîne alimentaire. Le Stegodon, un cousin éloigné de l’éléphant mais de taille réduite, constituait la proie principale des chasseurs de la grotte de Liang Bua. Or, ces grands mammifères dépendent étroitement de l’accès à l’eau courante.

« Ils ne vont pas survivre avec une rivière saisonnière », explique Nick Scroxton. « Soit ils se déplacent, soit ils meurent. » Les analyses isotopiques réalisées sur les dents de fossiles de Stegodons retrouvés à Liang Bua confirment cette tendance. Les animaux ont disparu du site il y a environ 57 000 ans, précisément au moment où les précipitations estivales atteignaient des niveaux historiquement bas. Cette corrélation directe entre le stress hydrique et la disparition de la mégafaune locale suggère que les « hobbits » ont perdu leur principale ressource protéique en quelques millénaires seulement.

Le paléontologue Julien Louys, de l’université Griffith, estime que cette étude fournit un mécanisme robuste pour expliquer l’extinction des grands mammifères de Flores vers la fin du Pléistocène. Le fait que les changements hydrologiques soient inscrits directement dans l’émail dentaire des proies montre que la pression environnementale était immédiate et insoutenable. Cette découverte s’inscrit dans une compréhension plus large de la chronologie de l’occupation humaine sur l’île, qui a dû faire face à des mutations écologiques rapides.

Une extinction multifactorielle aux confins de l’Asie

Si la sécheresse a porté un coup fatal à l’écosystème de Liang Bua, le destin final de Homo floresiensis reste complexe. Il est possible que les populations de « hobbits » aient migré vers les côtes, là où l’eau restait plus accessible, suivant les derniers troupeaux de Stegodons. Cependant, ce déplacement les aurait potentiellement placés sur la trajectoire d’un autre prédateur : Homo sapiens.

Les recherches indiquent que l’homme moderne traversait l’Asie du Sud-Est à cette même période. La compétition pour les ressources, déjà raréfiées par le climat, aurait pu s’avérer fatale pour une espèce déjà affaiblie. De plus, une éruption volcanique majeure s’est produite dans la région il y a environ 50 000 ans, ajoutant une couche supplémentaire de stress environnemental. Comme le souligne Scroxton, « tout est une question de pressions cumulées ».

Il est important de noter que si les traces disparaissent de Liang Bua il y a 50 000 ans, cela ne signifie pas nécessairement l’extinction totale de l’espèce à cet instant précis. Des recherches antérieures ont montré que les hobbits ont disparu plus tôt qu’on ne le pensait initialement dans certains sites, mais ils auraient pu subsister dans d’autres recoins isolés de l’île pendant encore quelques millénaires. La quête de nouveaux sites archéologiques sur Flores sera cruciale pour déterminer si de petites populations ont survécu à la grande sécheresse du Pléistocène, prolongeant ainsi l’existence de cette branche singulière de l’humanité.

DavidRédaction ScienceActu

David contribue à ScienceActu sur la santé, les sciences de la vie et la vulgarisation. Les contenus santé sont informatifs et ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé. Ce profil ne revendique pas de qualification médicale.

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