Aller au contenu
Sans pub
Vie et Évolution

Les cacatoès de Sydney apprennent à ouvrir les fontaines

À Sydney, les cacatoès à huppe jaune ont développé une technique complexe pour boire aux fontaines publiques. Cette étude met en lumière une transmission culturelle inédite, où les oiseaux apprennent les uns des autres pour s'adapter à l'environnement urbain.

Les cacatoès de Sydney apprennent à ouvrir les fontaines
Les cacatoès de Sydney apprennent à ouvrir les fontaines
Sur quoi repose cet articleExplication

Type de travail

Article d’explication

À garder en tête

Une synthèse des connaissances : suivez les sources pour aller plus loin.

Sources

  • royalsocietypublishing.org
  • sciencenews.org
2 sources citées
Signaler une erreur

Sous le soleil de plomb qui frappe régulièrement les parcs de Sydney, l’accès à l’eau potable est une question de survie, non seulement pour les citadins, mais aussi pour la faune locale. Si les fontaines publiques sont une commodité banale pour les humains, elles sont devenues le théâtre d’une démonstration d’intelligence animale stupéfiante. Des groupes de cacatoès à huppe jaune ont en effet appris à manipuler ces mécanismes complexes pour s’abreuver, transformant un objet anthropique en une ressource accessible par la ruse et la force physique.

  • Des cacatoès à Sydney ont développé une technique complexe pour actionner les fontaines à eau en coordonnant leurs mouvements.
  • Environ 50 % des individus d’une population locale réussissent cette manipulation, suggérant une transmission culturelle du savoir.
  • Ce comportement soulève des questions sur l’adaptation des oiseaux urbains et leur préférence pour les infrastructures humaines plutôt que les sources naturelles.

L’observation initiale remonte à septembre 2018. Barbara Klump, éthologue aujourd’hui rattachée à l’Université de Vienne, étudiait alors les habitudes de recherche de nourriture des cacatoès dans un parc de l’ouest de Sydney. À sa surprise, elle a surpris plusieurs spécimens en train d’interagir avec une fontaine à eau. Après avoir mené une enquête auprès des gardes forestiers locaux, qui ont confirmé la régularité du phénomène, une équipe de recherche dirigée par Lucy Aplin, de l’Université nationale australienne à Canberra, a installé des caméras à la réserve Charlie Bali pour documenter précisément ce comportement.

Une prouesse technique et physique coordonnée

Actionner une fontaine publique n’est pas une mince affaire pour un oiseau, même pour un membre de l’espèce Cacatua galerita, réputée pour sa dextérité. Le mécanisme, conçu pour être utilisé par une main humaine, nécessite une force et une coordination que peu d’animaux possèdent. Selon les observations détaillées par Lucy Aplin, la manœuvre se décompose en plusieurs étapes critiques qui sollicitent l’ensemble du corps de l’oiseau.

Le cacatoès commence par s’ancrer solidement à la base de la fontaine avec une patte. De l’autre, il saisit le levier ou le bouton rotatif. Pour vaincre la résistance du ressort interne qui libère le flux d’eau, l’oiseau ne peut compter uniquement sur la force de sa patte : il doit incliner tout son corps de manière latérale, utilisant son poids comme un levier. Une fois le ressort comprimé et l’eau jaillissante, l’oiseau doit pivoter rapidement vers l’arrière pour s’abreuver avant que le mécanisme ne se referme. Cette séquence exige une synchronisation parfaite entre l’effort musculaire et l’équilibre postural.

Cacatoès à huppe jaune utilisant une fontaine à Sydney
À Sydney, les cacatoès à huppe jaune (Cacatua galerita) utilisent une technique de torsion et d’inclinaison coordonnée pour ouvrir les fontaines d’eau potable. (Crédit : Klump et al.)

L’émergence d’une culture locale chez les oiseaux urbains

Au-delà de la performance individuelle, c’est l’aspect collectif de ce comportement qui fascine les chercheurs. L’équipe a suivi l’utilisation des fontaines par des individus identifiés sur une période prolongée. Les résultats, issus d’une étude publiée le 4 juin dans la revue Biology Letters, révèlent qu’environ 70 % de la population locale tente d’utiliser les fontaines, et que la moitié d’entre eux y parvient avec succès. Cette large diffusion du comportement au sein d’un groupe restreint suggère fortement l’existence d’une culture animale locale.

La culture animale se définit par la transmission sociale de comportements spécifiques à une population donnée. À Sydney, les cacatoès semblent être des spécialistes de l’innovation sociale. Tandis que les groupes de l’ouest maîtrisent l’art des fontaines, ceux du sud de la ville sont célèbres pour leur capacité à soulever les couvercles des poubelles domestiques pour y trouver de la nourriture. Ces traditions distinctes prouvent que l’intelligence animale ne se limite pas à des instincts de survie basiques, mais inclut un apprentissage par observation et une transmission de savoir-faire entre pairs.

Lucy Aplin souligne que si les cultures liées à l’alimentation sont de mieux en mieux documentées chez diverses espèces, les « cultures de l’abreuvement » restent extrêmement rares dans le règne animal. Elle cite en comparaison les chimpanzés qui utilisent des éponges de mousse pour recueillir l’eau, mais l’interaction avec une infrastructure humaine complexe comme une fontaine place les cacatoès dans une catégorie à part concernant les capacités cognitives de ces psittacidés, souvent sous-estimées par le grand public.

Pourquoi privilégier les fontaines aux sources naturelles ?

L’un des aspects les plus intrigants de cette étude est l’obstination des oiseaux à utiliser ces fontaines alors que des sources d’eau naturelles, comme des ruisseaux ou des mares, sont souvent disponibles à proximité. L’effort physique requis et le temps passé à attendre leur tour — certains oiseaux patientent jusqu’à dix minutes en file indienne — soulèvent des interrogations sur les bénéfices réels de cette pratique.

Plusieurs hypothèses sont avancées par les chercheurs en éthologie. Premièrement, les fontaines pourraient offrir un environnement plus sécurisé, loin des prédateurs qui rôdent souvent près des points d’eau au sol. Deuxièmement, l’eau des fontaines, traitée et filtrée, pourrait avoir un goût ou une qualité supérieure à celle des eaux stagnantes ou boueuses des cours d’eau urbains. Enfin, il est possible que ces rassemblements autour des points d’eau artificiels jouent un rôle social crucial, renforçant la cohésion du groupe par des interactions régulières.

« Ils semblent tout à fait disposés à faire la queue pendant un temps considérable », explique Lucy Aplin, notant que ce comportement social ordonné est presque aussi remarquable que la manipulation technique de la fontaine elle-même.

Les recherches futures devront déterminer si cette tradition continue de s’étendre géographiquement à d’autres quartiers de Sydney ou si elle restera une spécificité de la réserve Charlie Bali. Ce que cette étude confirme d’ores et déjà, c’est que les frontières entre les comportements humains et animaux s’estompent à mesure que la faune sauvage s’approprie les outils de la modernité pour naviguer dans l’anthropocèneAnthropocène Anthropocène désigne une époque géologique proposée qui aurait débuté lorsque les activités humaines sont devenues la force dominante influençant le climat et les écosystèmes terrestres, succédant ainsi à l'Holocène. L'humanité….

DavidRédaction ScienceActu

David contribue à ScienceActu sur la santé, les sciences de la vie et la vulgarisation. Les contenus santé sont informatifs et ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé. Ce profil ne revendique pas de qualification médicale.

Notre méthodeSignaler une erreur

Tout voir

Les plus lus

Toutes disciplines, ce mois-ci

La discussion

Lancer la discussion

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Restez courtois et appuyez vos affirmations sur des sources.