Le 30 janvier 2020, une scène prémonitoire se jouait à la Science Gallery de Dublin. Des experts y discutaient de l’émergence d’un nouveau pathogènePathogène Pathogène désigne tout agent biologique, tel qu'une bactérie, un virus, un champignon ou un parasite, capable de provoquer une maladie ou un dysfonctionnement chez un organisme hôte (humain, animal ou… en Chine, exhortant le public au calme face à une menace qui semblait encore lointaine. Ce fut le dernier événement public de l’institution. Six semaines plus tard, comme des centaines d’autres structures à travers le monde, le musée fermait ses portes, plongeant le secteur de la médiation scientifique dans une crise existentielle sans précédent.
- Les musées scientifiques ont perdu plus de 600 millions de dollars de revenus lors des six premiers mois de la pandémie.
- La fermeture a forcé une transition numérique accélérée, intégrant l’intelligence artificielle et la réalité augmentée.
- Ces institutions ont redéfini leur mission sociale en devenant des centres de lutte contre la désinformation et de soutien communautaire.
Un effondrement économique brutal
Lorsque la pandémie de COVID-19 est devenue incontrôlable en mars 2020, le modèle économique des musées scientifiques, reposant essentiellement sur la billetterie et les visites physiques, s’est effondré en quelques jours. Christofer Nelson, président de l’Association des centres scientifiques et technologiques (ASTC), qualifie cette période de « crise existentielle ». Du jour au lendemain, le fonctionnement opérationnel et les services à la communauté ont cessé d’exister sous leur forme traditionnelle.
Les chiffres sont éloquents : selon l’ASTC, les musées scientifiques ont perdu plus de 600 millions de dollars de revenus rien qu’au cours du premier semestre de la pandémie. Contrairement aux grandes galeries d’art disposant parfois de fonds de dotation importants, la majorité des centres de sciences fonctionnent à flux tendu. Beaucoup ont dû recourir à des licenciements massifs ou solliciter des aides gouvernementales d’urgence pour éviter la faillite définitive.

Le pivot numérique : de l’improvisation à l’innovation
Face au vide, la réaction initiale fut l’improvisation. Tim Ritchie, président du Musée des sciences de Boston, évoque le lancement rapide de « produits minimum viables ». Des animateurs habitués au contact direct se sont retrouvés à présenter des reptiles ou des concepts astronomiques via Zoom. Si la qualité technique n’était pas toujours au rendez-vous au début, la demande du public, elle, était bien réelle.
Cette transition a rapidement évolué vers des offres plus sophistiquées, transformant la manière dont la technologie et l’intelligence artificielle soutiennent la science dans la sphère publique. L’Académie des sciences de Californie a par exemple converti ses soirées « NightLife » en événements virtuels hebdomadaires, touchant désormais une audience bien plus large que les 1 700 visiteurs habituels.

Le Musée des sciences de Boston a poussé l’innovation plus loin en créant « Ask a Virtual Expert ». Utilisant l’intelligence artificielle, cette exposition virtuelle permet au public de poser des questions directement à une version numérique d’Ashish Jha, doyen de l’École de santé publique de l’Université Brown. Ce type d’initiative illustre comment l’on peut utiliser l’IA en médecine pour le diagnostic et l’information, offrant ici des réponses fiables basées sur plus de 500 réponses préenregistrées du spécialiste.
Combattre la désinformation et servir la communauté
Au-delà de la technologie, les musées ont endossé un rôle crucial de médiateur dans un climat saturé de fausses informations. Le Pacific Science Center a conçu des portails dédiés pour expliquer le fonctionnement des vaccins et identifier les « fake news ». Dans un monde où les deepfakes et les fausses réalités générées par l’IA peuvent brouiller la perception du public, ces institutions se sont positionnées comme des phares de fiabilité, curant des sources vérifiées comme celles des CDC (Centres pour le contrôle et la prévention des maladies).
Certains établissements ont même dépassé leur mission éducative pour répondre aux besoins physiologiques de leurs communautés. Le Mid-Hudson Children’s Museum, dans l’État de New York, a transformé son pavillon en marché fermier essentiel, distribuant de la nourriture aux familles privées des repas scolaires gratuits. De son côté, le Musée des sciences et de l’industrie de l’Oregon (OMSI) a ouvert ses portes pour offrir des services de garde d’enfants aux travailleurs essentiels, puis a mis en place des salles de classe à distance pour les élèves en difficulté.

Une portée mondiale et un héritage durable
L’abandon forcé des murs physiques a paradoxalement permis d’abolir les frontières géographiques. Le Musée national de l’informatique au Royaume-Uni a vu sa visite virtuelle immersive attirer plus de 140 000 visiteurs, venant d’aussi loin que l’Inde ou le Brésil. Cette numérisation a également favorisé l’accessibilité, avec des programmes repensés pour les malvoyants ou traduits, comme l’initiative « MOS en Español » à Boston.

D’autres ont misé sur le « low-tech » pour réduire la fracture numérique. Le Center of Science and Industry (COSI) de l’Ohio a distribué des kits scientifiques physiques via des banques alimentaires et des abris pour sans-abri, garantissant que la science reste accessible aux populations déconnectées.
Cette transformation forcée prouve que les centres de sciences ne sont pas « verrouillés » à leurs bâtiments. Comme le souligne Steven Snyder du Fleet Science Center, ces institutions ont démontré qu’elles pouvaient être des écosystèmes d’apprentissage et de soutien vitaux, réactifs aux besoins urgents de la société, qu’ils soient éducatifs, sanitaires ou sociaux.









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