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Vie et Évolution

Les manchots de Magellan surfent sur les courants marins

Une nouvelle étude révèle que les manchots de Magellan ajustent leur stratégie de retour de pêche en fonction de la force de l'océan. En utilisant les courants au lieu de s'y opposer, ces oiseaux marins optimisent leurs dépenses énergétiques pour assurer la survie de leur progéniture.

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Argentine,France,Chili

Naviguer en pleine mer sans le moindre point de repère visuel fixe relève de l’exploit. C’est pourtant le défi quotidien que surmontent les manchots de Magellan (Spheniscus magellanicus) pour retrouver leur colonie après de longues expéditions de pêche. Confrontés aux puissants flux hydrodynamiques de l’Atlantique Sud, ces oiseaux marins déploient des stratégies de déplacement insoupçonnées, révélant une fascinante capacité d’adaptation à leur environnement mouvant.

  • Les manchots modifient drastiquement leur trajectoire de retour vers les côtes selon l’intensité locale des flux océaniques.
  • Face à des eaux très agitées, ils préfèrent se laisser dériver et nager en forme de « S » afin de limiter leur effort physique global.
  • La capacité de cette espèce à évaluer avec précision la dynamique de l’eau en pleine mer sans repères géographiques demeure une énigme scientifique.
Un groupe de manchots de Magellan nageant à la surface de l'océan
Les manchots de Magellan adaptent leur trajectoire de retour en fonction des variations océaniques. (Crédit : LUIS ROBAYO/Contributor/Getty Images)

Une navigation adaptative selon la force des courants

Les déplacements maritimes le long des littoraux sud-américains imposent de lourdes contraintes physiques à la faune aviaire. De septembre à février, période cruciale de reproduction, les adultes quittent régulièrement leurs côtes chiliennes et argentines pour s’aventurer à plus d’une centaine de kilomètres au large. Ils y traquent activement petits poissons, calmars et crustacés pour nourrir leurs poussins. Toutefois, le véritable obstacle ne réside pas tant dans la capture des proies que dans le fastidieux chemin du retour.

Des travaux récents, publiés dans la revue PLOS Biology, ont permis de décrypter la stratégie employée par ces prédateurs. Afin d’analyser l’influence des courants marins sur leurs itinéraires, des chercheurs ont équipé de balises GPS et d’enregistreurs de mouvements 27 spécimens adultes issus de la colonie de San Lorenzo, sur la Péninsule de Valdés en Argentine.

Les données d’éthologie récoltées mettent en lumière une remarquable plasticité comportementale. Par mer calme, les individus adoptent un itinéraire presque rectiligne en direction de leur nid, un trajet exténuant pouvant durer près de seize heures. En revanche, lorsque l’océan se montre capricieux et que les courants forcissent, la tactique change du tout au tout. Plutôt que de nager à contre-courant de manière frontale, ils se laissent partiellement porter par le flux des marées autour de la péninsule, adoptant ainsi de larges trajectoires sinueuses en « S ». Une telle souplesse spatiale fait écho à d’autres prouesses du règne animal où la navigation animale s’appuie sur des références sensorielles complexes pour surmonter les obstacles géographiques.

L’optimisation énergétique au service de la reproduction

L’explication derrière ce choix audacieux de dérive contrôlée répond à un impératif biologique absolu : l’économie d’énergie. Les expéditions de chasse peuvent s’étirer sur une trentaine d’heures en mer. Toute la biomasse capturée doit idéalement être restituée à la progéniture sans que les parents n’aient consommé excessivement leurs propres réserves lors du transit. S’obstiner contre la marée relèverait d’une erreur tactique majeure et contre-productive, selon Rory Wilson, biologiste à la Swansea University au Pays de Galles et co-auteur de l’étude.

Les analyses biomécaniques de l’effort fourni corroborent cette hypothèse. Si l’itinéraire sinueux rallonge indéniablement la distance totale parcourue en mer, il limite considérablement la force de propulsion exigée. L’inversion régulière de la marée au cours du trajet empêche par ailleurs les oiseaux de dériver de façon irréversible. Fait notable, ces détours augmentent significativement les opportunités de rencontrer des bancs de proies supplémentaires.

Pour David Grémillet, écologue marin au CNRS, l’utilisation délibérée des flux océaniques montre que les oiseaux évaluent la dynamique de l’eau en temps réel pour optimiser leurs déplacements. Cette finesse d’évaluation illustre une forme poussée de cognition spatiale et de résolution de problèmes complexes. Le chercheur suggère l’existence d’une sorte de « manuel d’instruction inné », hérité génétiquement, qui s’affine par la suite grâce à l’apprentissage social, les juvéniles observant attentivement le comportement de leurs aînés. Cette transmission intergénérationnelle reflète la formidable capacité d’adaptation qui caractérise la biologie de l’évolution au sein des grands écosystèmes sauvages.

Le mystère des mécanismes sensoriels en haute mer

Si la capacité des oiseaux à esquiver les flux contraires est désormais factuellement prouvée, les mécanismes physiologiques et perceptifs sous-jacents restent largement méconnus. L’identification des signaux qui permettent aux manchots de ressentir la dérive dans un environnement océanique homogène est l’un des prochains défis de la biologie marine.

En temps normal, les mammifères ou les oiseaux mesurent l’impact d’un courant en observant leur propre dérive par rapport à un point de référence immobile, comme un cap rocheux, une île ou le fond sableux d’eaux peu profondes. Or, Rory Wilson souligne que lors de leurs pérégrinations en haute mer, les repères visuels n’existent tout simplement pas. L’océan n’offre qu’une vaste étendue bleue et instable.

Comment parviennent-ils à percevoir l’intensité invisible des masses d’eau en mouvement ? Utilisent-ils d’infimes variations de gradients thermiques, des champs magnétiques, des pressions micro-hydrostatiques, ou une combinaison complexe de ces paramètres ? David Grémillet conclut que le décryptage de ce GPS biologique reste actuellement l’une des plus grandes énigmes de la navigation animale. Résoudre ce mystère sensoriel ouvrirait de nouvelles perspectives non seulement sur la biologie des Sphénisciformes, mais aussi sur l’ensemble de la grande faune pélagique migratrice.

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Source:

LaraRédaction ScienceActu

Lara contribue à ScienceActu sur l’intelligence artificielle, l’espace et l’actualité scientifique. Ses articles s’appuient sur les sources indiquées dans chaque publication. Ce profil ne revendique pas de qualification médicale.

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