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Vie et Évolution

Les papillons Bogong naviguent grâce à la Voie lactée

C'est une première chez les invertébrés : le papillon Bogong s'oriente grâce aux étoiles pour parcourir 1 000 km. Des chercheurs suédois ont décrypté ce mécanisme fascinant qui permet à l'insecte de rejoindre des grottes qu'il n'a jamais vues.

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Australie, Suède

Chaque année, dans les plaines du sud-est de l’Australie, se joue un drame migratoire invisible mais colossal. Des millions d’insectes entreprennent un périple nocturne de près de 1 000 kilomètres pour échapper à la chaleur estivale. Longtemps, le mécanisme précis permettant à ces créatures de s’orienter dans l’obscurité est resté partiellement énigmatique. Une nouvelle étude révèle aujourd’hui que ces papillons de nuit possèdent une faculté extraordinaire : ils lisent le ciel étoilé pour maintenir leur cap.

  • Les papillons Bogong parcourent jusqu’à 1 000 km pour rejoindre des grottes alpines spécifiques, guidés par le champ magnétique et les étoiles.
  • Il s’agit du premier invertébré connu capable d’utiliser la navigation stellaire pour atteindre une destination jamais visitée auparavant.
  • Des expériences en simulateur montrent que leur cerveau réagit aux mouvements de la voûte céleste, utilisant probablement la Voie lactée comme boussole.

Cette découverte, publiée le 18 juin dans la revue Nature, met en lumière les capacités cognitives insoupçonnées du monde des invertébrés. Si l’on savait que certains oiseaux, les humains et potentiellement les phoques utilisent les astres pour s’orienter, l’identification d’un tel mécanisme chez un insecte se rendant vers une terre inconnue constitue une première scientifique majeure. Cette prouesse s’inscrit dans le vaste champ de l’étude de l’intelligence animale et de la cognition, redéfinissant notre compréhension des systèmes de navigation biologiques.

Une migration vitale pour la survie de l’espèce

Un papillon de nuit brun et duveteux avec des marques blanches éparses sur ses ailes, orienté vers la gauche, posé sur une pierre brune sablonneuse.
Le papillon Bogong (Agrotis infusa) entreprend une migration printanière spectaculaire depuis les plaines australiennes vers des grottes de montagne plus fraîches. (Crédit : Ajay Narendra/Macquarie University)

Le cycle de vie du papillon Bogong (Agrotis infusa) est dicté par les contraintes environnementales. Au printemps, alors que les températures grimpent et que les ressources alimentaires se raréfient dans les plaines, ces insectes s’envolent vers le sud, direction les Alpes australiennes (Snowy Mountains). L’objectif est précis : atteindre des grottes d’altitude fraîches pour y passer l’été en dormance.

David Dreyer, neurobiologiste à l’Université de Lund en Suède et co-auteur de l’étude, décrit l’arrivée massive de ces insectes avec une image saisissante : « Lorsqu’ils arrivent… ils s’alignent sur les parois et ressemblent à la peau d’un serpent à sonnette. » Ils y resteront jusqu’à l’automne, moment où ils feront le chemin inverse pour s’accoupler et mourir dans les plaines qui les ont vus naître. Ce cycle complexe rappelle combien les espèces sont dépendantes d’écosystèmes stables, un équilibre aujourd’hui étudié dans le cadre de notre guide sur la vie, l’évolution et les écosystèmes.

Au-delà du magnétisme : le regard tourné vers les cieux

Les travaux antérieurs de l’équipe de David Dreyer avaient déjà établi que les papillons Bogong utilisaient le champ magnétique terrestre ainsi que des repères visuels pour se guider. Cependant, la nature exacte de ces repères visuels restait floue. Pour une migration essentiellement nocturne, les repères terrestres sont peu fiables.

« L’un des repères les plus évidents et les plus stables, ce sont les étoiles », explique Eric Warrant, également neurobiologiste à l’Université de Lund. Pour vérifier cette hypothèse, les chercheurs ont mis au point un dispositif expérimental ingénieux : un simulateur de vol pour papillons.

Un planétarium pour insectes

L’équipe a capturé des papillons Bogong le long de leur route migratoire et les a placés dans une arène circulaire. Chaque insecte était attaché à des capteurs ultra-sensibles permettant de suivre sa direction de vol, tandis que le champ magnétique terrestre était bloqué pour isoler les stimuli visuels.

Les chercheurs ont ensuite projeté une image réaliste du ciel nocturne tel qu’il apparaîtrait à l’extérieur. « Nous avons simplement placé les papillons à l’intérieur et les avons laissés voler sous le ciel nocturne pour voir où ils allaient », précise Eric Warrant.

Les résultats ont été probants : sous un ciel simulant le printemps, les papillons ont volé vers le sud, direction logique des grottes. À l’inverse, lorsque les chercheurs ont projeté un ciel d’automne, les insectes ont inversé leur cap vers le nord, simulant leur retour vers les plaines. Plus fascinant encore, l’analyse physiologique a montré que les neurones des papillons s’activaient en réponse aux changements d’orientation du ciel, suggérant une lecture directe de la carte céleste.

La Voie lactée comme fil d’Ariane

Quel élément précis du ciel guide ces minuscules voyageurs ? Les données suggèrent que la bande allongée et lumineuse de la Voie lactée, ou peut-être la nébuleuse de la Carène (une zone de formation intense d’étoiles massivement brillante), servirait de repère principal. Bien que le mécanisme exact nécessite encore des éclaircissements, la performance est indéniable.

David Dreyer propose une analogie pour saisir l’ampleur de l’exploit : pour un être humain, le voyage de ce papillon équivaudrait à marcher de New York à Indianapolis en utilisant uniquement l’étoile Polaire comme boussole.

Une puissance de calcul dans un cerveau minuscule

Cette découverte soulève des questions fascinantes sur l’efficacité des systèmes nerveux primitifs. Comme le souligne Eric Warrant, il est incroyable qu’un insecte possède la « capacité d’interpréter les étoiles et de lire le champ magnétique terrestre pour choisir une direction de vol spécifique ». Il qualifie cela de « prouesse de navigation phénoménale pour un animal dont le cerveau a un volume équivalent à un dixième d’un grain de riz ».

Alors que la biodiversitéBiodiversité La biodiversité désigne l'intégralité du tissu vivant de notre planète, englobant la diversité génétique au sein des populations, la variété des espèces animales, végétales et microbiennes, ainsi que la multiplicité… mondiale fait face à des menaces croissantes, comme nous l’explorons dans nos articles sur la sixième extinction et les espèces menacées, comprendre comment des espèces comme le papillon Bogong interagissent avec leur environnement est crucial pour assurer leur conservation face à la pollution lumineuse et au changement climatique.

migration animale

LaraRédaction ScienceActu

Lara contribue à ScienceActu sur l’intelligence artificielle, l’espace et l’actualité scientifique. Ses articles s’appuient sur les sources indiquées dans chaque publication. Ce profil ne revendique pas de qualification médicale.

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