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Vie et Évolution

Les orques fabriqueraient des outils pour gommer leur peau

Dans la mer des Salish, des orques ont été observées en train de modifier des tiges de varech pour se frotter la peau. Ce comportement inédit suggère une capacité de fabrication d'outils à des fins d'hygiène et de renforcement social.

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Canada, États-Unis

Dans les eaux froides de la mer des Salish, à la frontière entre l’État de Washington et la Colombie-Britannique, une scène inhabituelle a capté l’attention des biologistes marins. Au cœur des forêts de varech, des orques semblent s’adonner à un rituel de soin corporel complexe, transformant des algues géantes en accessoires de toilette. Ce comportement, documenté grâce à des drones de haute précision, pourrait marquer un tournant dans notre compréhension de l’intelligence des cétacés.

  • Des orques ont été observées utilisant des tiges de varech (bull kelp) pour se frotter la peau, suggérant une forme de gommage actif.
  • Ce comportement implique la modification intentionnelle de l’algue, ce qui constituerait le premier cas de fabrication d’outil chez un mammifère marin.
  • L’activité n’est pas seulement hygiénique mais sociale, renforçant les liens entre pairs et membres de la même famille.

Une innovation comportementale capturée par drone

C’est en utilisant de nouvelles technologies de surveillance aérienne que Michael Weiss et son équipe du Center for Whale Research ont mis en évidence cette pratique. Depuis 2018, les chercheurs surveillent la population d’orques résidentes du sud (Orcinus orca ater) dans la mer des Salish. L’introduction de drones équipés de zooms puissants a permis d’observer des détails jusqu’alors invisibles depuis la surface.

Deux orques frottant un morceau de varech brun entre leurs corps dans la mer des Salish.
Deux orques de la mer des Salish frottent une tige de varech entre leurs corps, un comportement qui pourrait servir à l’exfoliation. Crédit : Center for Whale Research, NMFS NOAA Permit 27038.

Initialement perçu comme un événement isolé, le phénomène s’est révélé être une habitude ancrée. Selon Michael Weiss, une fois le comportement identifié, l’équipe a commencé à l’observer de manière répétée, parfois plusieurs fois par jour. Les résultats de ces observations, publiés le 23 juin dans la revue Current Biology, décrivent comment ces prédateurs marins manipulent leur environnement à des fins précises.

La fabrication de l’outil : une technique précise

Ce qui distingue cette observation d’un simple jeu, c’est la méthode employée. Les orques ne se contentent pas de jouer avec des débris flottants. Elles ciblent spécifiquement le varech alcide (Nereocystis luetkeana), une algue brune robuste commune dans la région. Les images récoltées au printemps et à l’été 2024 montrent les cétacés saisissant les tiges avec leurs dents.

En effectuant des mouvements brusques de la tête et en tirant profit de la résistance naturelle offerte par le flotteur (pneumatocyste) et les frondes de l’algue, les orques parviennent à détacher des sections de taille idéale. Cette action de déchirer et de calibrer un objet naturel pour un usage ultérieur répond à la définition biologique de la « fabrication d’outil ».

Fonction sanitaire : un gommage aquatique

Une fois le morceau de varech détaché, l’orque le positionne sur son rostre ou le presse contre le corps d’un partenaire. Les deux individus roulent alors la tige rugueuse entre eux. L’hypothèse principale des chercheurs est que cette friction mécanique aide les orques à se débarrasser des peaux mortes, agissant comme une brosse exfoliante naturelle.

Cette théorie est renforcée par les observations démographiques : les individus présentant une mue de peau plus visible ou une peau en moins bon état semblaient participer plus fréquemment à ces sessions de frottement. Dans un environnement aquatique où les surfaces abrasives ne sont pas toujours accessibles, l’utilisation d’un outil dédié pour l’hygiène témoigne d’une adaptation remarquable.

Un vecteur de cohésion sociale

Au-delà de l’aspect sanitaire, l’étude souligne la dimension sociale de cette pratique. Le partage de l’outil ne se fait pas au hasard. Les chercheurs ont noté que les partenaires de toilettage sont souvent des proches parents ou des pairs du même âge. Ce comportement pourrait donc jouer un rôle analogue à l’épouillage chez les primates, servant à renforcer les alliances et les liens affectifs au sein du pod.

Une orque nageant vers la droite avec un morceau de varech dans la bouche, s'approchant d'un partenaire.
Une orque transporte un morceau de varech fraîchement détaché vers un partenaire pour initier une session de toilettage. Crédit : Center for Whale Research, NMFS NOAA Permit 27038.

Fait notable, il s’agirait du premier cas documenté d’utilisation d’outil chez la faune sauvage bénéficiant simultanément à deux individus. Alors que l’utilisation d’éponges par les dauphins pour protéger leur rostre lors de la recherche de nourriture est une activité solitaire, le brossage au varech chez les orques est une activité coopérative.

Perspectives sur la cognition marine

La frontière entre l’homme et l’animal concernant l’utilisation d’outils s’est considérablement réduite ces dernières décennies, nous obligeant à revoir nos modèles sur l’évolution humaine et la singularitéSingularité Singularité désigne, dans le domaine de l'astrophysique et de la relativité générale, un point ou une région de l'espace-temps où la courbure gravitationnelle devient infinie et où la densité de… de nos compétences techniques. D’autres mammifères marins, comme certaines populations de dauphins, utilisent des éponges ou des coraux, mais la modification active de l’objet par les orques ajoute une couche de complexité cognitive.

Cependant, Michael Weiss reste prudent. Si les orques sont parmi les mammifères marins les plus étudiés de la planète, cette découverte prouve que nous ne faisons qu’effleurer la surface de leur répertoire comportemental. L’équipe prévoit de poursuivre les observations sur plusieurs années afin de confirmer si l’exfoliation est bien la fonction primaire et de déterminer si cette culture du « gommage » est unique à ce groupe spécifique ou répandue ailleurs.

orques

LaraRédaction ScienceActu

Lara contribue à ScienceActu sur l’intelligence artificielle, l’espace et l’actualité scientifique. Ses articles s’appuient sur les sources indiquées dans chaque publication. Ce profil ne revendique pas de qualification médicale.

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