Dans les laboratoires de physique de haute énergie, les solutions aux problèmes les plus complexes émergent parfois d’endroits totalement inattendus, comme le rayon des condiments d’un supermarché. Ce qui pourrait ressembler à une anecdote culinaire cache en réalité une méthode rigoureuse pour modéliser les comportements extrêmes de la matière lors de la fusion nucléaire par confinement inertiel. En utilisant des substances du quotidien pour simuler des plasmas stellaires, les chercheurs ouvrent une fenêtre sur des phénomènes physiques autrement inaccessibles.
- La mayonnaise est utilisée pour simuler la stabilité des capsules de combustible de fusion nucléaire soumises à des pressions extrêmes.
- Contrairement à l’oobleck, la mayonnaise est un fluide rhéofluidifiant, une propriété essentielle pour reproduire la dynamique des métaux en fusion.
- L’informatique quantique progresse grâce à des systèmes d’auto-correction d’erreurs inspirés de la redondance des données classiques.

La mayonnaise au service de la fusion nucléaire
La quête de la fusion nucléaire, ce processus qui alimente les étoiles, repose sur la capacité à comprimer des capsules de combustible avec une précision millimétrée à l’aide de lasers de haute puissance. Cependant, lors de cette compression, des instabilités physiques, notamment l’instabilité de Rayleigh-Taylor, peuvent compromettre l’expérience. C’est ici qu’intervient la mayonnaise.
Selon l’ingénieur en mécanique Arindam Banerjee, de l’Université de Lehigh (Lehigh University) à Bethlehem, en Pennsylvanie, la texture de la mayonnaise est idéale pour mimer ce que subit une capsule de combustible lorsqu’elle est frappée par des lasers. Dans ses recherches, l’équipe utilise spécifiquement la Hellmann’s Real Mayonnaise. Ce choix n’est pas arbitraire : ce condiment se comporte comme un solide sous une faible contrainte, mais commence à s’écouler comme un liquide lorsqu’une pression critique est appliquée.
Cette transition de phase est cruciale pour étudier comment les matériaux des capsules de fusion se déforment avant de devenir un plasma. L’équipe de Banerjee utilise ce substitut depuis 12 ans, mesurant les propriétés de chaque lot pour garantir une cohérence scientifique. Ils ont d’ailleurs abandonné l’usage du yaourt, dont la consistance variait trop d’une préparation à l’autre, nuisant à la répétabilité des résultats.
Pourquoi l’oobleck ne convient pas aux expériences
À la suite de ces travaux, certains observateurs, comme la lectrice Linda Ferrazzara, ont suggéré l’utilisation de l’oobleck — un mélange d’amidon de maïs et d’eau — comme alternative. Bien que l’oobleck soit également un fluide non-newtonien, ses propriétés physiques sont diamétralement opposées à celles requises pour ces tests de fusion.
La distinction fondamentale réside dans la réaction du fluide à la contrainte : la mayonnaise est rhéofluidifiante (elle devient moins visqueuse sous pression), tandis que l’oobleck est rhéoépaississant (il durcit sous l’impact).
Arindam Banerjee explique que l’oobleck « se figerait » lors de la mise en rotation de l’expérience, rendant l’observation des instabilités impossible. Pour simuler le comportement du métal chauffé dans une capsule de fusion, les chercheurs ont besoin d’un matériau qui cède et s’écoule, et non d’un matériau qui oppose une résistance croissante. La stabilité et la caractérisation précise de la Hellmann’s Real Mayonnaise en font donc un outil de laboratoire bien plus fiable que les mélanges artisanaux.
Le record de vitesse du collembole globulaire
Au-delà de la physique des fluides, le monde animal continue de surprendre par ses capacités biomécaniques extrêmes. Le collembole globulaire, un minuscule arthropode, vient de s’illustrer par une prouesse athlétique hors norme. Comme l’a rapporté le journaliste Jonathan Lambert, cet insecte est capable d’effectuer le record du saut périlleux le plus rapide du monde animal.

Grâce à une structure appelée furca, le collembole se propulse dans les airs à une vitesse de rotation atteignant 368 tours par seconde. Cette agilité aérienne, capturée par des caméras à haute vitesse, offre un aperçu fascinant de l’évolution des mécanismes de survie. Pour ces créatures, la capacité à s’éjecter instantanément d’une zone de danger avec une telle vélocité est un avantage évolutif majeur, bien que la précision de l’atterrissage reste aléatoire.
Comment les ordinateurs quantiques corrigent leurs erreurs
L’un des plus grands défis de la physique moderne concerne l’informatique quantique. Contrairement aux ordinateurs classiques, les systèmes quantiques sont extrêmement sensibles aux perturbations environnementales, ce qui génère des erreurs de calcul fréquentes. La journaliste Emily Conover a récemment mis en lumière un ordinateur quantique capable de corriger ses propres erreurs en cours de calcul.
Le principe repose sur la redondance. Dans l’informatique classique, une erreur peut être détectée en copiant un bit (0 ou 1) plusieurs fois. Si un bit « 1 » devient accidentellement « 0 » dans une suite « 111 », la machine identifie la divergence et corrige la valeur majoritaire. Cependant, la physique quantique interdit la copie directe d’un état (théorème de non-clonage).
Pour contourner cet obstacle, l’ordinateur quantique répartit l’information sur plusieurs bits quantiques (qubits) qui sont intriqués, ou liés entre eux. Cette approche permet de vérifier la cohérence du système sans détruire les données fragiles. Malgré ces avancées, de nombreux défis liés à la correction d’erreurs quantiques subsistent, notamment la nécessité d’augmenter massivement le nombre de qubits physiques pour obtenir un seul qubit logique fiable. L’avenir de cette technologie dépendra de notre capacité à stabiliser ces systèmes complexes à une échelle industrielle.


