La fosse des Mariannes est une immense dépression tectonique du Pacifique occidental, et non un « trou » vertical. À son extrémité sud se trouve Challenger Deep, le point le plus profond connu de l’océan. La valeur la plus précise citée ici est 10 935 m ± 6 m sous le niveau moyen de la mer, issue de transects de submersible publiés en 2021 ; « près de 11 km » reste donc une bonne façon de se représenter l’échelle, à condition de ne pas la prendre pour un chiffre isolé de toute méthode.
Où se trouve la fosse des Mariannes ?
La fosse des Mariannes s’étire dans le Pacifique occidental, à l’est des Philippines et près de l’arc des Mariannes. Elle forme une structure en croissant longue d’environ 2 550 km : Challenger Deep n’en est pas le nom complet, mais le secteur le plus profond connu, situé dans sa partie sud. La distinction est utile : une fosse est un relief tectonique étendu, pas un puits cylindrique qui traverserait la Terre.
Cette géographie explique aussi pourquoi les images sensationnalistes sont trompeuses. On ne « regarde » pas simplement au fond d’un trou depuis la surface : il faut cartographier un relief sous plusieurs kilomètres d’eau, puis positionner avec précision un véhicule ou un instrument au-dessus du point étudié.
Quelle profondeur retenir pour Challenger Deep ?
Le meilleur réflexe est de garder la méthode avec le nombre. Deux valeurs souvent citées ne s’annulent pas : elles décrivent des campagnes, des instruments et des incertitudes différents.
| Valeur | Comment elle a été obtenue | Ce qu’elle permet de dire |
|---|---|---|
| 10 994 m ± 40 m | Relevé multifaisceaux de 2010. | Une cartographie très fine a placé Challenger Deep tout près de 11 km, avec une marge de 40 m. |
| 10 935 m ± 6 m | Transects de submersible publiés en 2021, fondés sur l’altimétrie acoustique et la pression in situ. | La plus grande profondeur observée dans ces transects, avec un intervalle de confiance à 95 % de ± 6 m. |
| « Environ 11 000 m » | Arrondi de vulgarisation. | Un ordre de grandeur fidèle, mais insuffisant pour comparer deux campagnes. |
Pourquoi l’écart ? Une profondeur marine dépend du point exact observé, mais aussi du système de mesure et du référentiel. L’étude de 2021 corrige notamment les propriétés de la colonne d’eau, la pression atmosphérique, la gravité et ses variations, ainsi que le niveau de l’eau. Il serait donc faux de moyenner ces chiffres comme s’ils mesuraient le même objet dans les mêmes conditions. La conclusion solide est plus simple : Challenger Deep se trouve à environ 10,9 à 11 km sous le niveau de la mer, et les mesures modernes chiffrent explicitement leur incertitude.
À 11 km : une échelle de pression, pas un chiffre magique
L’obstacle majeur n’est pas le froid seul, mais la pression hydrostatique. Pour donner un ordre de grandeur transparent, l’échelle ci-dessous applique P = ρgh, avec une densité d’eau de mer de 1 025 kg/m³ et g = 9,81 m/s². C’est un calcul, non le relevé d’un capteur à chaque mètre : la densité, la gravité locale et la pression de surface font varier légèrement le résultat. Les valeurs du tableau sont des surpressions hydrostatiques : la pression absolue ajoute environ 0,101 MPa, 1,013 bar ou 1 atm de surface.
| Profondeur | Pression hydrostatique approximative | Lecture utile |
|---|---|---|
| 1 000 m | 10,1 MPa · 101 bar | La composante hydrostatique équivaut à environ 99 atmosphères; la pression absolue totale est proche de 100 atmosphères. |
| 4 000 m | 40,2 MPa · 402 bar | Entrée dans les grands fonds abyssaux. |
| 6 000 m | 60,3 MPa · 603 bar | Seuil conventionnel de la zone hadale. |
| 10 935 m | 110,0 MPa · 1 100 bar · environ 1 085 atm | Ordre de grandeur à Challenger Deep, calculé à partir de la profondeur de référence. |
Dans l’eau hadale, la température potentielle est proche de 1 °C ; une revue scientifique donne environ 1,05 °C pour cette zone. Cela ne signifie pas que chaque sédiment ou microhabitat de Challenger Deep est exactement à 1 °C. La température, la disponibilité de nourriture, la chimie des sédiments et la pression imposent ensemble des contraintes très différentes de celles de la surface.
La vie au fond : ce qui est observé, ce qui reste à documenter
La fosse n’est pas un désert biologique. Les recherches hadales ont documenté des microbes, et des missions ont observé des communautés animales actives sur un large gradient de profondeur. Lors de l’expédition HADES, des systèmes d’observation et d’échantillonnage ont été déployés de 5 000 à 10 600 m : l’intérêt était précisément de comparer des habitats plutôt que de ne regarder que le point-record.
Cette nuance évite deux erreurs symétriques. Dire qu’« aucune vie » ne résiste à la pression est faux. Affirmer qu’une créature spectaculaire aperçue dans une vidéo représente toute la fosse l’est aussi. Les organismes qui y vivent sont adaptés à une pression extrême, à l’obscurité et à une alimentation rare ou localement concentrée dans les sédiments ; l’inventaire des espèces et de leurs fonctions reste incomplet.
Qui est descendu ? Les jalons d’une exploration rare
- 1960 — Trieste : Jacques Piccard et Don Walsh atteignent le fond de Challenger Deep. C’est le premier jalon humain documenté.
- 1995 — Kaiko : ce submersible non habité atteint le fond de Challenger Deep, une première pour ce type de véhicule.
- 2009 — Nereus : le véhicule atteint la zone à 10 972 m.
- 2012 — Deepsea Challenger : James Cameron rejoint le fond avec un submersible habité et collecte des échantillons.
- 2016 — Haidou-1 : le véhicule plonge à 10 767 m pour collecter des échantillons et des données.
- 2020 — Fendouzhe : en novembre, le submersible établit un record national chinois à 10 909 m.
Ces descentes ne valent pas exploration complète de la fosse : un système de plus de 2 500 km de long ne se résume pas à son point le plus profond. La chronologie compte parce qu’un exploit de descente ne remplace pas une campagne scientifique. Une carte, un prélèvement de sédiment, un enregistrement acoustique et une observation biologique répondent à des questions différentes.
Cinq idées reçues à laisser au fond
- « C’est un trou qui mène au centre de la Terre » : non, c’est une dépression tectonique sous l’océan.
- « Sa profondeur est exactement 11 000 m » : 11 km est un arrondi; les valeurs précises dépendent de la campagne, du point et de l’incertitude annoncée.
- « La pression est un nombre fixe » : environ 1 100 bar à 10 935 m est un ordre de grandeur calculé, pas une constante immuable.
- « Rien ne peut y vivre » : microbes et communautés animales y ont été étudiés, même si leur diversité reste à compléter.
- « Une poignée de plongées a révélé toute la fosse » : les descentes sont remarquables, mais l’exploration demeure très partielle.
Sources
- Deep Sea Research Part I / NOAA — Revised depth of the Challenger Deep from submersible transects
- NOAA National Ocean Service — How deep is the ocean?
- NOAA NCEI — Planet Postcard: The Mariana Trench
- Frontiers in Microbiology / PMC — Scientific and technological progress in the microbial exploration of the hadal zone
- Schmidt Ocean Institute — New Species and Surprising Findings in the Mariana Trench
- JAMSTEC — 2017 News


