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    Couche d’ozone : la fin d’une ère pour sa surveillance

    La protection de la vie sur Terre repose sur un équilibre chimique fragile situé à des dizaines de kilomètres au-dessus de nos têtes. Pourtant, cet écran protecteur, essentiel contre les rayonnements ultraviolets, s’apprête à perdre ses observateurs les plus précieux. Alors que la communauté scientifique s’inquiète de l’évolution de la couche d’ozone, deux piliers de la surveillance spatiale arrivent au terme de leur mission, laissant craindre une période d’aveuglement scientifique sans précédent.

    • Les satellites Aura (NASA) et SCISAT, essentiels à l’étude de la stratosphère, devraient cesser de fonctionner entre 2026 et le début des années 2030.
    • La fin de ces missions entraînera une perte de données critiques sur les gaz destructeurs d’ozone, limitant les chercheurs à une simple observation des symptômes sans en comprendre les causes.
    • De nouvelles menaces, comme les méga-feux de forêt et la multiplication des débris spatiaux, rendent cette surveillance plus nécessaire que jamais.

    La fin programmée des sentinelles de la stratosphère

    Depuis plus de deux décennies, le satellite Aura de la NASA et le satellite SCISAT de l’Agence spatiale canadienne scrutent la stratosphère avec une précision inégalée. Lancé en 2004, Aura a révolutionné notre compréhension de la composition atmosphérique. Cependant, les ingénieurs prévoient que ses panneaux solaires ne pourront plus alimenter ses instruments d’ici la mi-2026. De son côté, SCISAT, en orbite depuis 2003, a déjà dépassé sa durée de vie initiale de 18 ans. Bien qu’il puisse théoriquement fonctionner jusqu’en 2035, sa pérennité reste suspendue à d’éventuelles défaillances matérielles ou budgétaires.

    Le satellite Aura de la NASA en orbite au-dessus de la Terre
    Le satellite Aura de la NASA (illustration) surveille l’atmosphère terrestre depuis plus de 20 ans. Son arrêt est prévu pour 2026.

    L’absence de remplaçants immédiats pour ces missions crée une situation d’urgence. David Fahey, chercheur à la NOAA, compare ces satellites à des porteurs de flambeau : sans successeur prêt à prendre le relais, la science atmosphérique risque de sombrer dans l’obscurité. Cette transition critique intervient alors que la surveillance environnementale est plus que jamais nécessaire pour valider les modèles climatiques actuels.

    Un désert de données aux conséquences scientifiques majeures

    Il est important de préciser que la mesure de l’épaisseur globale de la couche d’ozone se poursuivra grâce à d’autres instruments. Ce qui disparaîtra, en revanche, c’est la capacité d’analyser en détail les substances chimiques responsables de sa dégradation. Ross Salawitch, spécialiste de l’atmosphère à l’Université du Maryland, utilise une analogie médicale frappante : « C’est comme si l’on nous retirait l’IRM et le scanner pour ne nous laisser que la radiographie. Nous saurons ce qui arrive à l’ozone, mais nous ne saurons plus pourquoi. »

    Cette perte de vigilance inquiète d’autant plus que le rétablissement de la couche d’ozone semble stagner de manière imprévisible au-dessus de l’hémisphère Nord. Les scientifiques craignent également que la multiplication des débris spatiaux issus de satellites en fin de vie ne libère de nouvelles substances appauvrissant l’ozone lors de leur rentrée atmosphérique.

    De nouveaux défis : incendies géants et géo-ingénierie

    La stratosphère n’est plus l’environnement stable que l’on imaginait. Les données récentes ont révélé des impacts inattendus liés au changement climatique. Par exemple, les méga-feux australiens de 2019-2020 ont injecté des quantités massives de fumée si haut dans l’atmosphère qu’elles ont provoqué des réactions chimiques destructrices d’ozone. Lyatt Jaeglé, de l’Université de Washington, souligne que nous ne sommes qu’au début de la compréhension de ces phénomènes.

    Illustration du satellite SCISAT dans l'espace
    Le satellite SCISAT a permis des avancées majeures dans la compréhension de la chimie stratosphérique depuis son lancement en 2003.

    Par ailleurs, certains projets de géo-ingénierie, visant à injecter des aérosols dans la stratosphère pour réfléchir la lumière solaire et limiter le réchauffement, pourraient avoir des effets secondaires désastreux sur l’ozone, semblables à ceux d’un hiver volcanique. Sans le satellite Aura ou son équivalent, la communauté internationale serait incapable de monitorer les conséquences réelles de telles interventions à l’échelle mondiale.

    Quelles missions pour succéder à Aura et SCISAT ?

    Face à l’imminence de ce « désert de données », deux projets majeurs sont actuellement à l’étude, bien que leur déploiement ne soit pas attendu avant la prochaine décennie. L’Agence spatiale européenne (ESA) évalue la mission CAIRT (Changing-Atmosphere Infra-Red Tomography Explorer). Ce satellite permettrait une observation globale de l’ozone, de la vapeur d’eau et des composés halogénés. Une décision finale est attendue cette année pour un lancement potentiel vers 2032.

    Parallèlement, la NASA envisage la mission STRIVE (Stratosphere Troposphere Response using Infrared Vertically-resolved light Explorer). Sous la direction scientifique de Lyatt Jaeglé, STRIVE reprendrait les capacités d’Aura tout en offrant une résolution spatiale et temporelle bien supérieure. Si le projet est sélectionné, un lancement pourrait avoir lieu entre 2030 et 2032.

    « Si l’une de ces missions voit le jour, ce sera évidemment une excellente nouvelle », conclut Ross Salawitch. « Nous voulons continuer à pouvoir diagnostiquer le patient plutôt que de simplement constater son état. »

    L’enjeu des prochaines années réside donc dans la gestion de cette période de transition. Entre l’extinction prévue d’Aura en 2026 et l’arrivée possible de nouveaux instruments en 2030, la science de l’atmosphère devra composer avec des lacunes qui pourraient masquer des évolutions critiques de notre bouclier planétaire.

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