Après Chicxulub, des sédiments gardent la trace de décennies de perturbations
À plus de 2 500 km du cratère, des couches sédimentaires remaniées plusieurs fois suggèrent que séismes et tsunamis ont prolongé les effets de l’impact.
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L’astéroïde de Chicxulub n’a pas seulement laissé un cratère : à plus de 2 500 km de là, des sédiments du New Jersey gardent la trace de perturbations répétées après l’impact, survenu il y a 66 millions d’années. Une nouvelle analyse de carottes de roche suggère que des séismes et des tsunamis ont continué pendant les années, voire les décennies suivantes. La clé n’est pas seulement ce qui s’est déposé, mais ce qui a ensuite été déplacé.[1]
Les prélèvements proviennent de plusieurs sites de la plaine côtière du New Jersey. Ils permettent de lire une succession : les débris de l’impact retombent, des couches sédimentaires se déposent, puis celles-ci sont mélangées et remises en mouvement à plusieurs reprises. Cette succession change la question posée aux roches. Il ne s’agit plus seulement d’identifier le passage de la catastrophe, mais de chercher ce qui a encore perturbé les dépôts après elle.[1]
Kenneth Miller, de l’université Rutgers, et ses collègues interprètent ces remaniements comme les effets de forts séismes et de tsunamis persistants. Leur reconstitution porte sur les vingt premières années après l’impact, une période qu’ils baptisent les « mauvaises décennies ». Pour comprendre pourquoi la Terre tremble dans ce cas, il faut donc regarder au-delà de la secousse initiale : l’hypothèse est celle de répliques capables de bouleverser à nouveau les dépôts.[1]
Ces couches ne sont toutefois pas un sismographe fossile donnant une mesure directe de chaque secousse. Le remaniement constitue l’observation ; les séismes et les tsunamis en sont l’interprétation géologique. Le nombre de répliques et leur magnitude restent proposés comme des possibilités. Surtout, une archive située loin du cratère montre que les perturbations ont atteint cette région, sans fournir à elle seule un calendrier identique pour toute la planète.[1]
Il faut aussi distinguer deux façons dont l’après-impact a pu durer : des fonds sédimentaires régulièrement bouleversés et une atmosphère durablement obscurcie. Des simulations climatiques présentées en 2023, alimentées par des mesures de particules recueillies dans le Dakota du Nord, exploraient ce second mécanisme. Elles suggéraient que les poussières pouvaient rester jusqu’à quinze ans dans l’atmosphère et interrompre la photosynthèse pendant près de deux ans en bloquant la lumière solaire. Ces durées sont des résultats de modèles, pas des mesures tirées des carottes du New Jersey.[1][2]
Les carottes contiennent enfin beaucoup de kaolinite, un minéral dont la formation par altération prend habituellement des siècles dans les régions tropicales. Sur les sites étudiés, elle pourrait s’être formée en quelques années seulement. L’équipe envisage un rôle des champignons, capables d’accélérer sa formation, et imagine leur prolifération sur une végétation morte après l’impact. Cette piste reste spéculative : la présence du minéral ne démontre pas à elle seule toute cette chaîne biologique.[1]









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