C’est une procédure chirurgicale de la dernière chance qui repousse les frontières de la médecine de transplantation. Face à un patient dont le pronostic vital était engagé à très court terme, une équipe chirurgicale de Chicago a pris la décision radicale de retirer ses poumons infectés et de le maintenir en vie pendant 48 heures grâce à un système pulmonaire artificiel externe, le temps qu’un greffon devienne disponible.
- Une équipe du Northwestern Medicine a maintenu un patient en vie pendant deux jours après l’ablation totale de ses poumons infectés.
- Le dispositif utilisé, différent de l’ECMO classique, a permis d’oxygéner le sang tout en soutenant le flux sanguin cardiaque.
- Cette approche a permis d’éliminer une infection bactérienne résistante, rendant la transplantation finalement possible.
Une course contre la montre face à une infection résistante
L’histoire remonte à 2023, lorsqu’un homme de 33 ans originaire de Saint-Louis a contracté une grippe de type B. Ce qui semblait être une infection virale standard a rapidement dégénéré. Ses poumons ont commencé à se détériorer, situation aggravée par une surinfection bactérienne à Pseudomonas aeruginosa, une souche résistante aux antibiotiques.
Le tableau clinique s’est assombri lorsque l’infection s’est propagée dans le sang (sepsis), déclenchant une réaction immunitaire excessive qui a fini par détruire irréversiblement le tissu pulmonaire. Selon Ankit Bharat, chef de la chirurgie thoracique à la Northwestern University Feinberg School of Medicine, la situation était critique : « Il n’allait pas mieux. Il était littéralement en train de mourir. »

Les analyses moléculaires ont confirmé que les poumons du patient ne récupéreraient jamais. Dans le cadre des protocoles habituels en santé et médecine, une transplantation est inenvisageable tant que le patient souffre d’une infection bactérienne active, car les immunosuppresseurs nécessaires à la greffe laisseraient le champ libre aux bactéries pour envahir le nouveau greffon.
L’ablation totale comme stratégie thérapeutique
Face à cette impasse, l’équipe du Dr Bharat a opté pour une stratégie audacieuse décrite le 29 janvier dans la revue Med : retirer la source de l’infection, c’est-à-dire les poumons eux-mêmes, avant même d’avoir un donneur.
Les chirurgiens ont donc procédé à l’exérèse des poumons malades et ont connecté le patient à un système de poumon artificiel conçu sur mesure. Ce dispositif complexe utilise des dérivations, des tubes et des pompes pour remplir deux fonctions vitales :
- Oxygénation : Le sang est prélevé du côté droit du cœur, passe à travers un oxygénateur (qui ajoute de l’oxygène et retire le dioxyde de carbone), mimant ainsi les échanges gazeux naturels.
- Hémodynamique : Contrairement aux assistances classiques, le sang est ensuite réinjecté vers le côté gauche du cœur pour être propulsé dans le reste du corps, maintenant une fonction cardiaque normale.
Cette approche s’inscrit dans les avancées majeures concernant les organes artificiels et la médecine régénérative, cherchant à pallier la pénurie de greffons ou les contre-indications temporaires.
Une différence cruciale avec l’ECMO
Il existe déjà des systèmes d’assistance respiratoire externe, connus sous le nom d’ECMO (oxigénation par membrane extracorporelle). Ces dispositifs ont été utilisés à quelques reprises par le passé pour maintenir en vie des patients sans poumons. Cependant, le Dr Bharat précise que l’ECMO standard n’est pas un véritable poumon artificiel au sens strict.
Un rétablissement spectaculaire
L’équipe médicale s’était préparée à maintenir le patient sous assistance artificielle pendant plusieurs semaines, le temps que l’infection disparaisse. La réalité a dépassé leurs espérances. Une fois le foyer infectieux principal (les poumons nécrosés) retiré, l’état du patient s’est amélioré à une vitesse surprenante.
Débarrassé de la charge bactérienne et des réactions inflammatoires violentes — un phénomène souvent étudié en immunothérapie pour comprendre les orages cytokiniques — le corps du patient a pu récupérer. Dès que l’infection a été déclarée résolue, il a été inscrit sur la liste de transplantation. Un organe compatible a été trouvé presque immédiatement.
Aujourd’hui, plus de deux ans après cette intervention critique, le bilan est excellent. « Le patient se porte à merveille. Son cœur est normal, ses poumons sont normaux », confirme Ankit Bharat. Cette réussite valide le concept selon lequel un poumon artificiel total peut servir de « pont » viable vers la transplantation, offrant un espoir pour les patients souffrant d’infections pulmonaires incurables.









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