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Vie et Évolution

Haenyeo : l’adaptation physiologique exceptionnelle des plongeuses

Sur l'île de Jeju, les plongeuses Haenyeo défient la physiologie. Une nouvelle étude montre qu'elles passent plus de la moitié de leur temps de pêche immergées, surpassant certains mammifères marins grâce à des adaptations surprenantes.

Haenyeo : l'adaptation physiologique exceptionnelle des plongeuses
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Corée du Sud

Sur l’île de Jeju, au large de la Corée du Sud, une communauté de femmes perpétue une tradition millénaire qui repousse les limites connues de l’endurance humaine. Âgées en moyenne de 70 ans, les Haenyeo plongent quotidiennement dans les eaux de la mer de Chine orientale sans équipement respiratoire, passant une fraction de leur temps immergées qui rivalise avec celle de certains mammifères marins.

  • Les Haenyeo passent environ 56 % de leurs sessions de pêche sous l’eau, un temps d’immersion supérieur à celui de nombreuses loutres de mer.
  • Contrairement au réflexe de plongée habituel, ces femmes maintiennent un rythme cardiaque élevé et des niveaux d’oxygène stables.
  • Des adaptations génétiques liées au froid et à la pression sanguine pourraient expliquer cette longévité exceptionnelle.

Une performance aquatique sans précédent

L’étude de ces plongeuses en apnée offre un aperçu rare de la plasticité physiologique de notre espèce. Selon des travaux publiés le 18 août dans Current Biology, les Haenyeo passent plus de temps sous l’eau que tout autre groupe humain jamais étudié. Chris McKnight, biologiste spécialiste des mammifères marins à l’Université de St. Andrews en Écosse, n’hésite pas à souligner la singularitéSingularité Singularité désigne, dans le domaine de l'astrophysique et de la relativité générale, un point ou une région de l'espace-temps où la courbure gravitationnelle devient infinie et où la densité de… de ce sujet : « C’est ce qui se rapproche le plus de l’étude d’une sirène. »

Pour quantifier précisément cet effort, l’équipe de recherche a équipé sept plongeuses de Jeju de dispositifs de mesure durant 1 786 plongées. Ces capteurs ont enregistré non seulement la profondeur et la durée de l’immersion, mais également les niveaux d’oxygène dans le cerveau et les muscles.

Les résultats sont saisissants : lors de sessions de pêche durant de deux à dix heures, ces femmes passent en moyenne 56 % de leur temps sous la surface. Cette proportion dépasse celle observée chez plusieurs mammifères semi-aquatiques, tels que les castors, les ours polaires et même les loutres de mer. Cela soulève des questions fascinantes sur l’évolution humaine et notre capacité potentielle à nous réadapter à un milieu aquatique.

Un paradoxe physiologie inattendu

L’aspect le plus surprenant de l’étude réside dans la réponse corporelle des plongeuses. En règle générale, les mammifères — humains compris — déclenchent un « réflexe de plongée » lors de l’immersion : le rythme cardiaque ralentit (bradycardie) et les vaisseaux périphériques se contractent pour économiser l’oxygène. Les chercheurs s’attendaient logiquement à observer ce phénomène, accompagné d’une baisse des niveaux d’oxygène.

Or, c’est l’inverse qui s’est produit. Les Haenyeo présentaient des fréquences cardiaques élevées et une réduction très faible de l’oxygène dans le cerveau ou les muscles. Cette anomalie apparente s’explique par leur technique de pêche spécifique : des plongées fréquentes mais peu profondes.

Ce rythme effréné permet de maintenir un apport constant en oxygène tout en maximisant le temps de récolte des oursins et des coquillages. Cette stratégie de « nage en surface et plongée peu profonde » rappelle le comportement de forçage des loutres de mer, comme le note Ted Cheeseman, biologiste marin indépendant de l’étude.

Génétique et culture : les secrets de la longévité

Ce qui rend ces prouesses encore plus remarquables, c’est l’âge des participantes. Avec une moyenne d’âge de 70 ans, cette population démontre une « durée de vie en bonne santé » (health span) exceptionnelle. Pour comprendre les mécanismes sous-jacents, il est nécessaire de se pencher sur l’interaction complexe entre l’environnement et l’hérédité, un sujet central dans l’étude de la vie et de l’évolution.

Melissa Ilardo, généticienne évolutionniste à l’Université de l’Utah, a mené une étude parallèle publiée le 27 mai dans Cell Reports. En comparant les Haenyeo à des Coréens ne pratiquant pas la plongée, elle a mis en évidence des variations génétiques spécifiques chez les plongeuses de Jeju. Ces variations sont associées à la régulation de la pression artérielle et à la capacité de résister à l’eau froide.

Ces découvertes suggèrent que la culture de la plongée, pratiquée depuis 3 000 ans dans cette région, a pu exercer une pression sélective ou favoriser l’expression de certains traits via des mécanismes proches de ceux étudiés en épigénétique. Ted Cheeseman résume cette idée en affirmant que ce cas illustre parfaitement comment « la culture peut piloter l’évolution ».

Vers une compréhension de la tolérance au CO2

Les recherches ne s’arrêtent pas là. Chris McKnight émet l’hypothèse que les Haenyeo ont également développé une tolérance accrue au dioxyde de carbone (CO2). L’accumulation de CO2 dans l’organisme lors d’apnées répétées est généralement la cause principale de l’envie impérieuse de respirer, provoquant anxiété et panique chez la plupart des humains.

Si ces femmes parviennent à ignorer ou à tolérer physiologiquement ces signaux d’alarme chimiques, cela constituerait une adaptation majeure. L’équipe scientifique prévoit de monitorer les niveaux de CO2 des plongeuses dans de futures études. Comprendre ces mécanismes pourrait non seulement éclairer l’histoire évolutive des mammifères retournés à la vie aquatique, comme les ancêtres des baleines, mais aussi nous renseigner sur les limites ultimes de la physiologie humaine face aux environnements extrêmes.

Haenyeo

DavidRédaction ScienceActu

David contribue à ScienceActu sur la santé, les sciences de la vie et la vulgarisation. Les contenus santé sont informatifs et ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé. Ce profil ne revendique pas de qualification médicale.

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