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Vie et Évolution

Mégafaune australienne : humains collectionneurs ou chasseurs ?

L'image des premiers Australiens comme exterminateurs de la mégafaune est remise en cause par une nouvelle étude. L'analyse d'un os controversé révèle des traces de collecte de fossiles plutôt que de boucherie, suggérant une relation complexe et culturelle avec ces animaux disparus.

Mégafaune australienne : humains collectionneurs ou chasseurs ?
Mégafaune australienne : humains collectionneurs ou chasseurs ?
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Australie

La disparition de la mégafaune australienne, peuplée de kangourous géants et de lézards colossaux, a longtemps alimenté un débat scientifique intense : les premiers humains arrivés sur le continent étaient-ils les architectes de cette extinction massive ? Une nouvelle analyse remet en question l’une des preuves les plus citées de cette théorie, suggérant que les Premières Nations d’Australie entretenaient un rapport bien plus complexe, voire scientifique, avec ces restes fossiles.

  • Une réanalyse microscopique d’un tibia de kangourou géant prouve que les marques attribuées à la boucherie sont en réalité d’origine naturelle ou post-mortem.
  • L’absence de preuves directes de massacre sur les millions de fossiles conservés incite à reconsidérer le rôle de l’homme dans l’extinction du Pléistocène.
  • Des artefacts, comme une dent de diprotodonte montée en pendentif, indiquent que les premiers habitants collectaient et échangeaient des fossiles.
Illustration de la mégafaune australienne ancienne dans une forêt
Il y a environ 50 000 ans, la région de Mammoth Cave abritait des créatures extraordinaires comme l’échidné géant à long bec, le kangourou géant, le diprotodon et le thylacine. (Crédit : Peter Schouten)

Le mythe du « tueur de mégafaune » s’effrite

L’arrivée des humains sur le supercontinent Sahul (l’actuelle Australie, Tasmanie et Nouvelle-Guinée) remonte à environ 65 000 ans, en plein cœur du Pléistocène. À cette époque, ces terres abritaient une faune spectaculaire : des oiseaux incapables de voler aux dimensions impressionnantes, des varans atteignant cinq mètres de long et des marsupiaux géants. Pourtant, la plupart de ces espèces se sont éteintes, laissant place à une hypothèse persistante : celle d’une chasse intensive menée par l’homme.

Cependant, une étude publiée le 22 octobre dans la revue Royal Society Open Science vient ébranler ce narratif. Selon les auteurs, les preuves matérielles soutenant l’idée que les Premiers Peuples chassaient activement ces géants sont quasi inexistantes. Michael Archer, paléontologue à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud à Sydney, souligne un fait troublant : « Nous avons des millions de fossiles de mégafaune dans les musées australiens, et pas un seul ne fournit la preuve formelle d’une mise à mort par un humain. »

Il précise toutefois que cela n’exclut pas la possibilité de la chasse, mais insiste sur l’absence de traces de « massacre de masse » souvent évoqué dans les scénarios d’extinction.

L’os de la discorde : une réinterprétation nécessaire

Au cœur de cette révision historique se trouve un fossile spécifique : un tibia appartenant à un kangourou à face courte (aujourd’hui éteint), découvert au début du XXe siècle dans la Mammoth Cave, en Australie-Occidentale. Dans les années 1960, Michael Archer, alors étudiant, avait identifié une encoche en forme de V sur cet os, dissimulée sous une couche de carbonate de calcium. En 1980, lui et ses collègues avaient publié une étude interprétant cette marque comme une preuve irréfutable de boucherie humaine.

Os de kangourou géant avec une encoche centrale
Le tibia fossilisé trouvé à Mammoth Cave présente une encoche centrale. Longtemps considérée comme une marque de découpe, elle est désormais interprétée comme le résultat d’une tentative d’extraction du fossile ou de processus naturels. (Crédit : Anna Gillespie)

Cette conclusion a hanté le chercheur pendant des décennies, alors même que notre compréhension de l’évolution humaine et des pratiques autochtones s’affinait. D’autres prétendues traces de découpe se sont révélées être des morsures d’animaux, et la gestion sophistiquée des terres par les aborigènes suggérait une relation plus équilibrée avec l’environnement.

L’analyse microscopique révèle la vérité

Pour en avoir le cœur net, l’équipe a soumis le fameux tibia à des techniques d’imagerie 3D et de microscopie modernes. Les résultats sont sans appel. L’analyse a révélé neuf fissures profondes traversant l’os, formées lors de son rétrécissement au cours du processus de fossilisation. Une autre fissure latérale, causée par l’impact ayant créé l’encoche, recoupe les précédentes et s’arrête net.

Cette chronologie des fractures indique que l’encoche a été réalisée sur un os déjà mort et sec, bien après le décès de l’animal. Les chercheurs estiment que cette marque pourrait résulter d’une tentative maladroite d’extraction du fossile par des curieux, il y a environ 55 000 ans, plutôt que d’un acte de chasse ou de dépeçage.

Pour comprendre comment les espèces disparaissent et éviter une sixième extinction de masse moderne, il est crucial de distinguer les causes naturelles des impacts anthropiques. Michelle Langley, archéologue à l’Université Griffith, accueille favorablement cette correction tout en restant prudente : « Nous n’avons peut-être tout simplement pas encore trouvé le site qui répondra définitivement à la question de la chasse. »

Des collectionneurs, pas des bouchers

Si les preuves de prédation s’amenuisent, celles d’une curiosité intellectuelle et culturelle se renforcent. L’étude met en lumière un autre artefact fascinant : une dent de diprotodonte (un marsupial ressemblant à un wombat géant) montée en pendentif. L’analyse aux rayons X a montré une correspondance étroite entre cette dent et d’autres spécimens de la Mammoth Cave, suggérant qu’elle provenait de la même région.

Dent fossile montée sur un support en résine
Ce pendentif, offert à l’un des coauteurs par des membres des Premières Nations, intègre une prémolaire de diprotodonte fixée avec de la résine sur une ficelle en cheveux. (Crédit : Western Australian Museum)

Cela renforce l’idée que les Premiers Peuples collectaient, transportaient et échangeaient des fossiles sur de longues distances. Ces objets n’étaient pas de simples trophées de chasse, mais des éléments intégrés à des réseaux commerciaux et symboliques complexes. Pour en savoir plus sur les mécanismes biologiques et l’histoire du vivant, vous pouvez consulter notre guide complet sur la vie et l’évolution.

Vers une réhabilitation historique

Cette étude invite à un changement de paradigme. James McCallum, paléontologue des Premières Nations à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, qui n’a pas participé à l’étude, estime que ces travaux devraient transformer notre vision du passé. Il ne s’agit plus de voir des « bouchers barbares tuant sans discernement », mais de reconnaître « un ensemble sophistiqué et interconnecté de sociétés », dotées de coutumes nuancées.

L’objectif est désormais de cesser de présumer systématiquement que l’homme est le seul responsable de la disparition de ces animaux précieux. Si l’interaction humaine a pu jouer un rôle, elle s’inscrit probablement dans un contexte climatique et écologique bien plus vaste, où l’homme était autant observateur et collectionneur que prédateur.

mégafaune

LaraRédaction ScienceActu

Lara contribue à ScienceActu sur l’intelligence artificielle, l’espace et l’actualité scientifique. Ses articles s’appuient sur les sources indiquées dans chaque publication. Ce profil ne revendique pas de qualification médicale.

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