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    Bilan spatial 2024 : Lune, Mars et le départ vers Europa

    France, Belgique, Suisse, Canada

    L’année 2024 restera gravée comme une période charnière pour l’exploration spatiale, marquée par une intensification des missions lunaires et le lancement de projets ambitieux vers les confins du système solaire. Des succès historiques de l’échantillonnage lunaire aux défis techniques rencontrés par le secteur privé en orbite terrestre basse, le bilan scientifique et technologique est dense. Alors que de nouveaux acteurs s’imposent, les agences historiques redéfinissent leurs priorités vers la recherche de traces de vie et la défense planétaire.

    • La mission chinoise Chang’e 6 a rapporté les tout premiers échantillons de sol prélevés sur la face cachée de la Lune.
    • La sonde Europa Clipper a entamé son voyage vers Jupiter pour évaluer l’habitabilité de sa lune glacée, Europe.
    • Le secteur privé a connu des fortunes diverses, entre la première sortie spatiale civile et les déboires du vaisseau Starliner.

    Nouvelle ruée vers la Lune : succès partiels et exploits historiques

    Notre satellite naturel a été, cette année encore, le théâtre d’une activité intense, confirmant son statut de priorité stratégique pour les agences spatiales et les entreprises privées. Si l’objectif à long terme reste l’établissement humain, les missions robotiques de 2024 ont pavé la voie, non sans difficultés.

    Dès janvier, le Japon a rejoint le cercle très fermé des nations capables de se poser sur la Lune avec sa sonde SLIM (Smart Lander for Investigating the Moon). Bien que l’alunissage ait été d’une précision remarquable, l’engin s’est retrouvé posé « sur la tête », limitant l’efficacité de ses panneaux solaires. Conçu pour survivre une seule journée lunaire (environ deux semaines terrestres), SLIM a pourtant défié les pronostics en rétablissant le contact pendant trois mois, survivant aux nuits lunaires glaciales.

    Le module d'atterrissage de la mission Chang'e 6 sur la face cachée de la Lune
    La mission chinoise Chang’e 6 a collecté les premiers échantillons de sol de la face cachée de la Lune et les a rapportés sur Terre en juin pour analyse. CLEP/CNSA

    Le secteur privé américain a également tenté sa chance en février avec la mission Odysseus de l’entreprise Intuitive Machines. Tout comme son homologue japonais, cet atterrisseur a fini sa course basculé sur le flanc près du pôle Sud lunaire. Malgré cette position précaire, la sonde a transmis des données précieuses durant ses six jours d’opération, des informations cruciales pour le programme Artemis de la NASA qui vise le retour des astronautes sur la Lune, potentiellement dès 2026.

    L’exploit scientifique majeur de l’année revient toutefois à la Chine. En juin, la mission Chang’e 6 a réussi à rapporter sur Terre les tout premiers échantillons prélevés sur la face cachée de la Lune. Les premières analyses, publiées dans Nature, révèlent un sol plus meuble que celui de la face visible et confirment une activité volcanique remontant à 2,8 milliards d’années. Fait intrigant : après sa mission, l’orbiteur de Chang’e 6 s’est dirigé vers le point de Lagrange L2, une région gravitationnellement stable où opère également le télescope spatial James Webb, bien que les intentions futures de la Chine pour cet orbiteur restent floues.

    Mars : Adieux à un pionnier et incertitudes budgétaires

    Le rover Perseverance de la NASA prenant un selfie avec l'hélicoptère Ingenuity en arrière-plan
    Le rover Perseverance de la NASA a pris ce selfie en 2021, avec l’hélicoptère Ingenuity derrière lui. NASA/JPL-Caltech/MSSS

    Sur la Planète Rouge, l’année a débuté par la fin d’une ère. Ingenuity, le premier hélicoptère à avoir volé sur un autre monde, a terminé sa mission en janvier après que ses pales de rotor ont été endommagées. Conçu initialement pour cinq vols de démonstration sur 30 jours, « Ginny » aura finalement réalisé 72 vols sur près de trois ans, redéfinissant les possibilités de l’exploration aérienne martienne.

    Son compagnon, le rover Perseverance, poursuit sa quête de traces de vie ancienne. En juillet, il a analysé une roche présentant des signatures chimiques pouvant suggérer la présence passée de microbes. Cependant, l’enthousiasme scientifique est tempéré par des réalités économiques : le budget de la mission Mars Sample Return, censée rapporter ces échantillons sur Terre, est actuellement menacé, laissant planer un doute sur notre capacité à étudier ces roches dans nos laboratoires.

    Vols privés : des contrastes saisissants

    L’année 2024 a illustré la maturité croissante mais aussi les risques persistants du vol spatial commercial. SpaceX a franchi une nouvelle étape avec la mission Polaris Dawn en septembre, réalisant la première sortie extravéhiculaire entièrement civile. Au-delà de l’image médiatique — incluant la première performance de violon dans l’espace par Sarah Gillis — l’équipage a testé de nouvelles combinaisons et collecté des données physiologiques essentielles.

    Les astronautes de la NASA Butch Wilmore et Sunita Williams
    Les astronautes de la NASA Butch Wilmore (à gauche) et Sunita Williams (à droite) devaient revenir de la Station Spatiale Internationale mi-juin. Une défaillance du vaisseau Starliner a repoussé leur retour à février. NASA

    À l’inverse, Boeing a connu des difficultés majeures avec son vaisseau Starliner. Lancé en juin pour une mission de huit jours avec les astronautes Sunita Williams et Butch Wilmore, le vaisseau a subi des défaillances de propulseurs. Jugé trop risqué pour le retour habité, Starliner est rentré vide en septembre. Les deux astronautes, quant à eux, prolongent leur séjour sur la Station Spatiale Internationale jusqu’en février, date à laquelle un vaisseau Dragon de SpaceX assurera leur retour.

    Surveillance des astéroïdes et survol de Mercure

    La défense planétaire a perdu une sentinelle importante en août avec la mise hors service du télescope NEOWISE. Lancé en 2009, cet instrument a passé plus d’une décennie à scanner le ciel en infrarouge, détectant des milliers d’astéroïdes et de comètes proches de la Terre. Son successeur, le NEO Surveyor, ne sera pas opérationnel avant 2027 au plus tôt, laissant une fenêtre de surveillance réduite.

    Illustration du télescope infrarouge NEOWISE
    Le télescope infrarouge NEOWISE, récemment retraité (vue d’artiste), a observé des milliers de roches spatiales passant à proximité de la Terre. NASA/JPL-Caltech

    Plus près du Soleil, la mission conjointe euro-japonaise BepiColombo continue ses manœuvres complexes pour atteindre l’orbite de Mercure. Le 4 septembre, la sonde a effectué un survol rapproché, offrant des vues inédites du pôle Sud de la planète. En approchant par le côté nuit, la sonde a pu observer les ombres portées dans les cratères, révélant des détails topographiques invisibles sous un éclairage direct. L’insertion orbitale finale est prévue pour novembre 2026.

    Image de Mercure prise par BepiColombo
    En septembre, BepiColombo a obtenu son aperçu le plus proche de Mercure alors que la sonde se fraye un chemin vers l’orbite de la planète. BepiColombo/MTM/ESA (CC BY-SA 3.0 IGO)

    Cap vers Europa et l’océan sous-glaciaire

    L’un des événements les plus prometteurs pour l’astrobiologie a eu lieu le 14 octobre avec le lancement d’Europa Clipper par la NASA. Cette sonde massive fait route vers Europe, une lune glacée de Jupiter considérée comme l’un des meilleurs candidats pour abriter la vie dans notre système solaire, grâce à son océan d’eau liquide sous-terrain.

    Illustration de la sonde Europa Clipper approchant la lune Europe
    Europe est entourée de radiations intenses. À son arrivée, Europa Clipper devra l’étudier par survols rapides pour éviter d’endommager ses instruments. JPL-Caltech/NASA

    À son arrivée prévue en 2030, Clipper n’orbitera pas directement autour d’Europe, mais effectuera environ 50 survols stratégiques. Cette méthode est dictée par l’environnement radiatif extrême généré par le champ magnétique de Jupiter, capable de griller l’électronique des engins spatiaux. La sonde plongera brièvement dans cette zone dangereuse pour collecter des données avant de s’éloigner pour récupérer, une stratégie essentielle pour comprendre si ce monde lointain possède les conditions requises pour la vie, un thème central exploré dans notre dossier sur la compréhension de l’univers.

    exploration spatiale 2024

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