À Londres, préserver les arbres pour ne pas perdre leur effet rafraîchissant
Les quartiers les plus arborés étaient plus frais pendant les canicules de 2022, surtout la nuit. Mais maintenir cette protection exige des plantations capables de survivre aux étés secs.
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Pendant les vagues de chaleur de 2022, les secteurs londoniens les plus arborés étaient en moyenne 1,2 °C plus frais que les moins arborés. Une étude estime que la couverture d’arbres existante aurait évité 153 décès attribuables à la chaleur entre 2015 et 2022, par rapport à un scénario presque sans arbres. Ce bénéfice est modélisé, non directement observé. Or les pertes de jeunes arbres rapportées à Londres rendent le renouvellement de cette protection plus difficile : planter ne suffit pas si les arbres ne survivent pas.[2][1]
Les jeunes arbres souffrent déjà des étés secs
En ville, la sécheresse s’ajoute à des températures de l’air plus élevées, à la pollution et au tassement des sols. Le reportage publié par New Scientist le 29 septembre 2026 décrit ces contraintes dans le sud-est de l’Angleterre. Les arbres adultes y sont présentés comme plus résistants que les jeunes sujets, dont les difficultés menacent les efforts de végétalisation.[1]
Selon Trees for Cities, la moitié des jeunes arbres que l’association avait plantés à Londres au cours de l’année précédente sont morts pendant l’été 2026. Le taux de survie habituel devrait se situer entre 80 et 90 %. Ce constat concerne ses plantations, pas l’ensemble des arbres londoniens. Il montre néanmoins la fragilité des nouveaux sujets au moment même où ils sont nécessaires pour renouveler la canopée, la couverture formée par les couronnes des arbres.[1]
Un écart de température plus marqué la nuit
L’étude sur le refroidissement et la mortalité est distincte de ce reportage. Publiée en avril 2024 dans Environmental Research Letters, elle porte sur le Grand Londres et exploite des températures de l’air relevées d’octobre 2015 à septembre 2022. Les chercheurs ont filtré les données de stations météo personnelles Netatmo, les ont combinées à celles du Met Office, puis les ont reliées à la couverture arborée et aux caractéristiques du bâti. Ils étudient donc l’air près du sol, et non uniquement la température des surfaces visible depuis un satellite.[2]
Pendant les trois vagues de chaleur de 2022, les chercheurs ont comparé les secteurs appartenant aux 10 % les plus couverts par les arbres à ceux des 10 % les moins couverts. Outre l’écart moyen de 1,2 °C, les minima nocturnes étaient environ 2,0 °C plus bas dans les secteurs les plus arborés. L’écart entre les maxima diurnes était plus modeste, à 0,8 °C en moyenne. Ces valeurs décrivent des différences entre secteurs, pas une baisse uniforme de température dans toute la capitale.[2]
Les arbres peuvent limiter l’exposition à la chaleur par leur ombre et par l’évapotranspiration : l’eau absorbée est notamment libérée sous forme de vapeur par les feuilles. Mais leur effet sur la température de l’air dépend aussi de la circulation de l’air et de l’environnement urbain. Les auteurs soulignent ainsi que davantage d’arbres ne produit pas nécessairement le même refroidissement dans toutes les villes.[2]
Comment les chercheurs arrivent à 153 décès évités
Pour passer des températures aux conséquences sanitaires, l’équipe a construit un modèle statistique qui prédit la température moyenne quotidienne selon la canopée, la hauteur et la couverture des bâtiments. Elle a ensuite comparé plusieurs configurations hypothétiques en conservant le même bâti. Dans le scénario de référence presque sans arbres, la couverture arborée est ramenée à des niveaux très faibles compatibles avec la densité des bâtiments. Il ne s’agit donc pas d’un Londres réellement observé après abattage.[2]
Les températures prédites sont croisées avec la répartition de la population, les données quotidiennes de décès par âge et une relation chaleur-mortalité établie pour Londres. Dans ce calcul, le risque augmente lorsque la température moyenne quotidienne dépasse 18,9 °C, avec une sensibilité différente selon l’âge. Cette chaîne de calculs permet d’estimer la mortalité attribuable à la chaleur dans chaque scénario.[2]
La différence entre la couverture existante et le scénario presque sans arbres donne une estimation de 153 décès évités sur la période 2015 à 2022. Cela représente une réduction de 16 % de la mortalité associée à l’îlot de chaleur urbain qui aurait été attendue dans ce scénario, et non de tous les décès londoniens liés à la chaleur. Pour les seules vagues de chaleur de 2022, l’estimation est d’environ 16 décès évités.[2]
Des estimations sanitaires, pas une preuve de causalité
L’étude n’a pas suivi une campagne de plantation pour mesurer ensuite une baisse des décès. Elle compare des lieux plus ou moins arborés et utilise cette association pour simuler d’autres couvertures. Les auteurs précisent que cette approche transversale ne démontre pas la causalité. Le modèle tient compte du bâti, mais pas de tous les facteurs susceptibles de modifier les températures, notamment les vents dominants ou le refroidissement provenant de la Tamise et de la mer.[2]
Le chiffre de 153 ne correspond donc pas à un décompte de personnes dont on aurait établi qu’elles ont survécu grâce aux arbres. Les auteurs demandent de lire leurs résultats comme une quantification théorique du rôle de la canopée. Leur mortalité prédite pendant les canicules de 2022 dépasse d’ailleurs la surmortalité observée. Les projections futures ont une autre limite : elles ne modélisent ni l’adaptation sociale et technique à la chaleur, comme les plans canicule ou la climatisation, ni les changements démographiques tels que le vieillissement.[2]
Renouveler la canopée, puis financer sa survie
Une projection distincte, attribuée par New Scientist à l’équipe de Kevin Martin à Kew et publiée en novembre 2025, évalue l’adéquation des arbres publics londoniens au climat de 2090. Sous l’hypothèse d’émissions de gaz à effet de serre durablement élevées, 73 % mourraient ou peineraient à prospérer. Ce n’est ni une prévision certaine ni un résultat de l’étude de 2024 sur la mortalité humaine. Le reportage ne fournit pas les détails méthodologiques permettant d’examiner ici cette projection.[1]
Le renouvellement doit aussi éviter de perdre trop de couverture arborée à la fois. Kevin Martin préconise des remplacements échelonnés. Choisir les futurs arbres ne revient pas seulement à rechercher une résistance à la sécheresse : ils devront également supporter les fortes pluies d’automne et d’hiver ainsi que les épisodes de froid. À Kew, l’équipe collecte des graines de tilleuls, de charmes et de hêtres des steppes eurasiatiques pour évaluer leur adéquation au futur climat britannique. Leur adéquation reste à étudier, pas à considérer comme acquise.[1]
Reste une dépense moins visible que l’achat des arbres : leur entretien pendant les premiers étés. Trees for Cities renforce son arrosage et le suivi de ses plantations. Selon Kenton Rogers, de Treeconomics, les collectivités ont besoin de moyens supplémentaires pour faire de même, car un financement permettant d’acheter des arbres ne couvre pas nécessairement leur entretien. Pour conserver une canopée rafraîchissante, le budget de plantation doit donc être pensé avec celui de la survie des jeunes sujets.[1]
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