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    Autisme : des symptômes similaires chez les garçons et filles

    L’asymétrie statistique est frappante : pour chaque fille diagnostiquée avec un trouble du spectre autistique, on compte environ quatre garçons. Cette disparité a longtemps alimenté l’idée que l’autisme se manifesterait de manière fondamentalement différente selon le sexe, rendant le repérage plus complexe chez les jeunes filles. Pourtant, une vaste étude vient bousculer ces certitudes cliniques en suggérant que, durant la petite enfance, les manifestations de l’autisme sont en réalité quasi identiques entre les deux sexes.

    • Une étude portant sur plus de 2 600 enfants montre qu’il n’existe aucune différence majeure dans les symptômes de l’autisme entre garçons et filles âgés de 1 à 4 ans.
    • Sur 18 mesures cliniques, incluant le langage et l’attention visuelle, les résultats sont restés indiscernables, remettant en cause l’idée d’un phénotype féminin distinct dès le berceau.
    • Le diagnostic précoce pourrait bénéficier de ces conclusions pour mieux identifier les filles nécessitant un soutien spécialisé dès les premières années de vie.

    Une absence de différences marquées chez les tout-petits

    Dans le domaine des neurosciences et du développement infantile, la question du « camouflage » féminin — cette capacité supposée des filles à masquer leurs traits autistiques — est centrale. Cependant, les résultats publiés dans la revue Nature Human Behaviour le 26 mai dernier indiquent que cette divergence n’est pas encore présente chez les très jeunes enfants. En analysant des bambins âgés de 12 à 48 mois, les chercheurs n’ont trouvé aucune différence manifeste dans l’expression des symptômes.

    Les scientifiques ont soumis ces jeunes participants à une batterie de 18 tests rigoureux. Ces mesures incluaient des évaluations de la motricité fine, des capacités de langage, ainsi que des tests d’attention par eye-tracking (suivi oculaire). « Nous avons été incroyablement surpris de constater qu’il n’y avait aucune différence, peu importe l’angle sous lequel nous analysions les données », explique Karen Pierce, neuroscientifique et codirectrice de l’Université de Californie à San Diego (Autism Center of Excellence).

    Jeune enfant autiste à table
    Chez les tout-petits, les manifestations de l’autisme ne présentent pas de différences significatives selon le sexe, selon une nouvelle étude d’envergure.

    Une seule exception a été relevée : une mesure rapportée par les parents concernant les compétences de la vie quotidienne, comme la capacité à se nourrir seul. Sur ce point précis, les filles ont obtenu des scores légèrement supérieurs à ceux des garçons. Toutefois, pour l’essentiel des critères cliniques, l’autisme garçons filles se présente sous un jour similaire durant cette fenêtre critique du développement.

    Une méthodologie rigoureuse sur un large échantillon

    Pourquoi les études précédentes étaient-elles si contradictoires ? Jusqu’à présent, les recherches sur les symptômes autisme souffraient souvent de deux biais majeurs : des échantillons trop restreints (souvent moins de 100 enfants) et l’inclusion d’enfants plus âgés. Chez les enfants d’âge scolaire, les expériences sociales et les attentes de genre ont déjà commencé à façonner le comportement, ce qui peut induire des différences artificielles ou acquises.

    Helen Tager-Flusberg, spécialiste du développement et experte de l’autisme à la Boston University, souligne l’importance de cette approche : « Cette étude, par la taille de son échantillon, fournit une preuve solide qu’il n’y a pas de différences dans la manière dont l’autisme s’exprime chez les filles et les garçons à cet âge ». En comparant également ces enfants à un groupe témoin non autiste, les chercheurs ont remarqué que si les filles neurotypiques présentent souvent une légère avance sociale, cette distinction s’efface chez les enfants présentant des troubles du spectre autistique.

    Les enjeux d’un diagnostic précoce et équitable

    L’un des plus grands défis actuels reste de comprendre pourquoi l’autisme est plus prévalent chez les garçons que chez les filles à tous les âges. Si les symptômes sont identiques au départ, pourquoi les filles sont-elles moins souvent diagnostiquées ? Une partie de la réponse pourrait résider dans les outils de dépistage eux-mêmes.

    Helen Tager-Flusberg émet une réserve importante : il est possible que les filles présentant des symptômes plus légers n’aient pas été captées par les outils de dépistage utilisés dans l’étude. Si seules les filles les plus sévèrement touchées ont été incluses, cela pourrait expliquer pourquoi leurs profils ressemblent tant à ceux des garçons. Cependant, Karen Pierce note que la méthode de dépistage a identifié des filles à un taux correspondant aux moyennes nationales observées aux États-Unis, ce qui suggère que l’échantillon est représentatif.

    « Si ces résultats sont confirmés, cela soulève des questions cruciales : pourquoi les filles avec un autisme léger ne sont-elles identifiées que plus tard, et pourquoi les symptômes divergent-ils avec l’âge ? » — Helen Tager-Flusberg, Boston University.

    L’avenir de cette recherche passera par un suivi longitudinal de ces 2 618 enfants. L’objectif est de déterminer à quel moment, et sous l’influence de quels facteurs (biologiques ou environnementaux), les trajectoires commencent à diverger. En attendant, ces données encouragent les cliniciens à ne pas chercher de « signes spécifiquement féminins » chez les tout-petits, mais à appliquer les critères de diagnostic précoce avec la même vigilance pour tous, afin de garantir un accès équitable aux interventions thérapeutiques dès le plus jeune âge.

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