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    Recherche biomédicale : le bras de fer politique menace la science

    États-Unis, Pérou

    L’incertitude règne dans les laboratoires de l’élite universitaire américaine. Alors que la science s’appuie sur la stabilité et le temps long, une confrontation politique majeure bouleverse actuellement des décennies de mécanismes de financement. Au cœur de la tourmente, des chercheurs de premier plan se retrouvent pris en étau entre les directives de l’administration Trump et la gouvernance de leurs institutions, mettant en péril des travaux vitaux sur la santé publique mondiale.

    • Le financement fédéral de la recherche biomédicale est bloqué pour certaines universités comme Harvard en raison de conflits idéologiques avec l’administration.
    • Des études cruciales sur la tuberculose au Pérou risquent l’arrêt définitif, menaçant la perte d’échantillons biologiques irremplaçables.
    • L’exigence d’un alignement politique contre des fonds de recherche soulève des inquiétudes majeures pour l’indépendance scientifique et l’économie de l’innovation.

    Un gel budgétaire aux conséquences immédiates

    Pour Megan Murray, épidémiologiste à l’Université Harvard et spécialiste des maladies infectieuses, la situation relève de l’absurde. Bien que les Instituts nationaux de la santé (NIH) lui aient confirmé l’attribution d’une subvention importante pour étudier les séquelles pulmonaires de la tuberculose, les fonds restent inaccessibles. Entre avril et octobre, l’agence fédérale n’a versé aucun dollar à l’université, plongeant les équipes de recherche dans un vide administratif inédit.

    Cette paralysie n’est pas un accident bureaucratique, mais le résultat d’une offensive politique ciblée. L’administration Trump a gelé environ 2,2 milliards de dollars de subventions destinées aux chercheurs de Harvard. Le motif invoqué officiellement concerne la gestion de l’antisémitisme sur le campus, mais cette mesure s’inscrit dans une campagne plus large visant à remodeler l’enseignement supérieur selon l’agenda présidentiel.

    Scientifique examinant une culture de bactéries tuberculeuses dans un laboratoire au Pérou géré par Socios En Salud.
    Un scientifique examine des cultures bactériennes dans un laboratoire péruvien. Les subventions bloquées financent les équipements et les salaires des chercheurs locaux et américains. William Rodriguez/Socios En Salud

    Si un juge fédéral a statué que ces gels de financement violaient le premier amendement sur la liberté d’expression, le gouvernement a annoncé son intention de faire appel et cherche à bannir Harvard de tout financement fédéral futur. Ce climat d’incertitude pèse lourdement sur la recherche médicale et ses avancées, transformant les laboratoires en dommages collatéraux d’une guerre culturelle.

    Le dilemme des universités : idéologie contre financement

    La pression exercée dépasse le seul cas de Harvard. L’administration a proposé un « pacte » aux institutions d’enseignement supérieur : un accès prioritaire aux subventions en échange de l’adoption de mesures spécifiques. Celles-ci incluent la fin des programmes de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), le démantèlement de départements jugés hostiles aux idées conservatrices, et une redéfinition biologique stricte du genre.

    Certaines institutions, comme l’Université Columbia ou Brown, ont accepté de payer des sommes importantes pour régler des litiges et rétablir leurs flux de financement. D’autres, comme le MIT, ont publiquement rejeté ces conditions. Sally Kornbluth, présidente du MIT, a rappelé que lier le financement scientifique à des structures de gouvernance ou à des quotas d’étudiants étrangers contredit le principe fondamental selon lequel la science doit être évaluée sur son seul mérite.

    Image de la porte Johnston de Harvard, fermée.
    L’administration Trump a coupé les subventions de recherche biomédicale à Harvard, citant une réponse insuffisante à l’antisémitisme sur le campus. APCortizasJr/iStock Unreleased/Getty Images Plus

    L’impact concret sur la lutte contre la tuberculose

    Loin des débats de Washington, les conséquences se font sentir sur le terrain, notamment au Pérou, où l’équipe de Megan Murray mène des travaux essentiels. La tuberculose y est beaucoup plus fréquente qu’aux États-Unis (173 cas pour 100 000 habitants contre 3 pour 100 000), ce qui en fait un lieu stratégique pour comprendre la transmission de la maladie et ses mécanismes.

    Les recherches menées là-bas ont des répercussions directes sur la santé publique américaine. Richard Chaisson, de l’école de médecine Johns Hopkins, souligne que les outils utilisés pour diagnostiquer et traiter une récente épidémie de tuberculose au Kansas (178 personnes infectées en 2024) ont été validés grâce à ces études à l’étranger. La compréhension fine des interactions pathogènes, similaire à celle nécessaire pour le développement de certains vaccins innovants, dépend de ces données internationales.

    Des données précieuses en danger de destruction

    Le laboratoire péruvien, installé dans des conteneurs aménagés à Lima, abrite des milliers d’échantillons de sang, de salive et de bactéries dans des congélateurs qui nécessitent une alimentation électrique constante. Sans les fonds du NIH (plus de 400 000 dollars prévus pour cette étude spécifique), le maintien de ces installations est menacé.

    L’objectif actuel de l’équipe est de recontacter 1 000 anciens patients guéris pour effectuer des scanners thoraciques et identifier les marqueurs prédictifs de dommages pulmonaires à long terme. Cette recherche est cruciale car près de 50 % des patients guéris de la tuberculose souffrent de séquelles respiratoires chroniques. Si le financement ne reprend pas, le personnel qualifié pourrait être licencié et les échantillons, coûteux à conserver, perdus à jamais. Une perte scientifique qui rappellerait l’importance de préserver la continuité des recherches sur le microbiome et les interactions microbiennes complexes.

    Une menace pour l’économie et l’innovation

    Au-delà de la santé, c’est l’écosystème de l’innovation américain qui est fragilisé. Stephen Carpenter, chercheur à la Case Western Reserve University, rappelle que chaque dollar investi par le NIH génère environ 2,56 dollars d’activité économique. Les coupes budgétaires envisagées pourraient effacer 40 % de cette activité.

    Le risque de « fuite des cerveaux » vers l’Europe ou la Chine est réel si les États-Unis continuent de politiser l’accès aux ressources scientifiques. Pour les chercheurs comme Megan Murray, la situation est d’autant plus amère qu’elle touche personnellement leur intégrité professionnelle, réduisant des années d’engagement médical à une étiquette politique indésirable.

    financement recherche biomédicale
    Source: https://www.sciencenews.org/article/trump-harvard-funding-biomedical

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