Les États-Unis traversent une crise sanitaire majeure qui menace de réduire à néant des décennies de progrès en santé publique. À la mi-juillet 2025, le pays enregistre un nombre de cas de rougeole sans précédent depuis plus de trente ans. Ce jalon inquiétant fait craindre aux experts que, sans une remontée rapide de la couverture vaccinale, ce virus extrêmement contagieux ne redevienne endémique sur le territoire américain.
- Avec plus de 1 300 cas recensés en juillet 2025, les États-Unis atteignent un pic de contaminations inédit depuis 1992.
- La couverture vaccinale infantile est tombée à 91 %, bien en dessous du seuil de 95 % nécessaire pour garantir l’immunité collective.
- Le désengagement des instances internationales et la remise en question des calendriers vaccinaux font peser un risque sur la sécurité sanitaire mondiale.
Au 15 juillet, 1 309 personnes avaient reçu un diagnostic de rougeole, soit le chiffre le plus élevé depuis que la maladie a cessé de circuler de manière continue aux États-Unis il y a un quart de siècle. Pour retrouver une telle incidence, il faut remonter à l’année 1992, où plus de 2 000 personnes avaient été infectées. Cette résurgence survient dans un contexte de remise en question des politiques vaccinales par l’administration Trump, suscitant l’alarme chez les épidémiologistes.
Une résurgence historique de la rougeole en 2025
L’épidémie actuelle est portée par des foyers locaux d’une ampleur inhabituelle. L’épicentre de cette crise se situe dans l’ouest du Texas, particulièrement dans le comté de Gaines. Dans cette zone, seuls 77 % des enfants entrant en maternelle étaient totalement vaccinés pour l’année scolaire 2024-2025. Ce foyer, apparu fin janvier, a déjà touché plus de 700 personnes et causé deux décès. Le virus s’est ensuite propagé aux États voisins, notamment le Nouveau-Mexique, l’Oklahoma et le Kansas, franchissant même la frontière avec le Mexique.

Près de 90 % des cas enregistrés cette année sont liés à ces épidémies domestiques. Le reste provient de voyageurs internationaux ayant contracté la Rougeole dans des régions où le virus circule encore activement. La période estivale, marquée par d’importants flux de population, aggrave les risques. Une personne infectée peut transmettre le virus à 12, voire 18 individus dans un groupe sans immunité. Comme le souligne Tina Tan, spécialiste des maladies infectieuses pédiatriques à l’université Northwestern, la multiplication des individus sensibles crée de véritables autoroutes pour la propagation du virus d’une région à l’autre.
Le déclin de la couverture vaccinale et l’immunité de groupe
La Rougeole avait été déclarée éliminée des États-Unis en 2000, ce qui signifiait que toute chaîne de transmission était interrompue en moins d’un an. Ce statut avait déjà vacillé en 2019 lors d’épidémies prolongées à New York, mais le pays avait stoppé la transmission de justesse. Aujourd’hui, la situation est plus précaire. Selon des travaux publiés dans le journal JAMA, les taux de vaccination ont chuté, passant d’une moyenne de 94 % avant la pandémie de COVID-19 à 91 % après celle-ci.
Le seuil critique : Pour bloquer la propagation de la rougeole, une couverture vaccinale de 95 % est indispensable. Ce niveau permet d’atteindre l’immunité collective, protégeant ainsi les nourrissons de moins d’un an et les personnes immunodéprimées qui ne peuvent recevoir le vaccin.
Walter Orenstein, vaccinologue à l’université Emory et ancien directeur du Programme national d’immunisation, exprime son inquiétude : « J’ai passé une grande partie de ma carrière à essayer de me débarrasser de ce virus. Nous courons aujourd’hui un risque réel de perdre notre statut d’élimination. » Si la majorité de la population reste protégée, l’accumulation de poches de non-vaccination permet des flambées épidémiques plus vastes et plus fréquentes.
Des simulations informatiques réalisées par Nathan Lo, épidémiologiste à Stanford, suggèrent qu’avec un taux de couverture stagnant autour de 90 %, la rougeole pourrait redevenir une maladie endémique d’ici deux décennies. À l’inverse, une augmentation même légère de la couverture vaccinale suffirait à prévenir ce scénario de retour en arrière permanent.
L’impact des politiques américaines sur la santé mondiale
Le contexte politique aggrave l’incertitude. En juin 2025, de nouveaux membres de l’ACIP (Advisory Committee on Immunization Practices), un comité consultatif clé du CDC, ont rouvert des débats que l’on pensait clos sur le calendrier vaccinal infantile. Certains membres ont minimisé la gravité de la maladie ou relayé des informations erronées sur la sécurité des vaccins, alors que deux doses (à 1 an et entre 4 et 6 ans) offrent une protection à vie.
Sur la scène internationale, les États-Unis se sont retirés de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et ont cessé leur soutien financier à Gavi, l’Alliance du Vaccin, qui facilite l’accès à l’immunisation dans les pays à revenus faibles et intermédiaires. Cette décision fragilise la lutte mondiale. En mars 2025, l’Europe avait déjà enregistré plus de 127 000 cas, un record en un quart de siècle.
« En coupant le soutien à l’immunisation mondiale, nous ne mettons pas seulement ces pays en danger ; lorsqu’ils subissent des résurgences, ils peuvent ensuite nous infecter », prévient Walter Orenstein.
Amy Winter, épidémiologiste à l’université de Géorgie, note un changement de paradigme brutal. Avant 2025, les experts discutaient des moyens d’éradiquer totalement la rougeole de la planète. Aujourd’hui, les autorités sanitaires se contentent de « tenter d’éteindre les incendies » à mesure qu’ils se déclarent. L’avenir de l’élimination de la rougeole dépendra de la capacité des autorités à restaurer la confiance envers la vaccination et à maintenir une vigilance constante face à un virus qui ne connaît pas de frontières.


