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Santé et Médecine

THC et fertilité : des ovocytes matures mais génétiquement altérés ?

La consommation de cannabis pourrait avoir un effet paradoxal sur la fertilité des femmes. Si le THC semble favoriser la maturation des ovocytes, une nouvelle étude montre qu'il augmente aussi le risque d'anomalies génétiques critiques pour la grossesse.

THC et fertilité : des ovocytes matures mais génétiquement altérés ?
THC et fertilité : des ovocytes matures mais génétiquement altérés ?
Sur quoi repose cet articleIn vitro

Type de travail

Étude en laboratoire (cellules)

Niveau de preuve 1/5

À garder en tête

Un travail sur cellules est une première étape, encore loin d’un traitement.

Sources

  • science-actualite.com
3 sources citées
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Canada

Lorsque le Canada a légalisé le cannabis en 2018, les débats se sont largement concentrés sur la santé publique générale. Pourtant, une zone d’ombre persistait dans la littérature scientifique : l’impact de cette substance sur la fertilité féminine. Si les effets sur la fertilité masculine étaient documentés, les données concernant les ovocytes manquaient cruellement. Une nouvelle étude vient combler ce vide en révélant un mécanisme biologique à double tranchant.

  • Le THC, principal composé psychoactif du cannabis, a été détecté dans le fluide folliculaire de patientes en parcours de FIV.
  • S’il semble accélérer la maturation des ovocytes, le THC est associé à une augmentation significative des anomalies chromosomiques.
  • Ces défauts génétiques pourraient compromettre la viabilité des embryons et les chances de grossesse.
Une personne tenant du cannabis sur un papier blanc.
Le THC, substance active du cannabis, pourrait influencer la qualité des ovocytes lors des traitements de fertilité. (Crédit : Thought Catalog/UnSplash)

Cyntia Duval, chercheuse en santé des femmes à l’Université de Toronto, s’est penchée sur cette question restée sans réponse. Ses travaux, publiés le 9 septembre dans Nature Communications, suggèrent que le THC pourrait forcer les ovocytes à mûrir, mais au prix de leur intégrité génétique.

Le paradoxe du système endocannabinoïde

Le Delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) agit en se liant aux récepteurs cannabinoïdes présents dans le cerveau, mais aussi dans l’ensemble de l’organisme, y compris les organes reproducteurs. Ces récepteurs interagissent naturellement avec les endocannabinoïdes, des molécules produites par le corps indispensables à de nombreuses fonctions biologiques, dont la production de gamètes.

Dans le vaste champ de notre guide sur l’actualité scientifique en santé et médecine, la compréhension de ces récepteurs est cruciale. Chez l’homme, il est établi que la consommation de cannabis réduit la numération et la mobilité des spermatozoïdes. Il est d’ailleurs couramment conseillé aux hommes d’éviter toute consommation au moins trois mois avant une tentative de conception. Pour les femmes, faute de données, les recommandations étaient jusqu’ici moins précises.

L’analyse des fluides folliculaires en FIV

Étudier la qualité des ovocytes in vivo est complexe, car les femmes naissent avec un stock défini d’ovocytes immatures dont un seul arrive généralement à maturité chaque mois. La fécondation in vitro (FIV) offre une fenêtre d’observation unique, car les patientes reçoivent des traitements hormonaux pour stimuler la maturation simultanée de plusieurs ovocytes.

En travaillant au CReATe Fertility Centre de Toronto, Cyntia Duval et son équipe ont analysé les ovocytes et le fluide folliculaire de 1 059 femmes ayant suivi un parcours de FIV entre 2016 et 2023. Les analyses ont révélé la présence de THC dans le fluide entourant les ovocytes chez 62 de ces patientes.

Maturation accélérée, qualité dégradée

Les observations ont mis en lumière une corrélation surprenante : les femmes présentant des taux de THC élevés autour de leurs ovocytes produisaient un plus grand nombre d’ovocytes matures. Cependant, la quantité ne garantit pas la qualité biologique, un principe bien connu dans les recherches sur les cellules souches et la médecine régénérative où l’intégrité cellulaire prime sur le nombre.

Pour comprendre le mécanisme, l’équipe a procédé à une maturation artificielle d’ovocytes exposés au THC. Le résultat est préoccupant : ces ovocytes présentaient fréquemment un nombre incorrect de chromosomes, une anomalie appelée aneuploïdie. Ces erreurs génétiques sont une cause majeure d’échec de formation des embryons, de défauts d’implantation utérine et de grossesses non viables.

Vers une prise de conscience clinique

Bien que cette étude fournisse les premiers indices tangibles sur l’interaction entre le cannabis et la fertilité féminine, Cyntia Duval souligne la nécessité de recherches à plus grande échelle pour quantifier précisément la baisse des chances de conception. Néanmoins, ces résultats permettent de combler un manque d’information critique.

« Nous avions des informations sur la part masculine. Nous avions des informations sur la grossesse, mais il y avait un vide », explique la chercheuse. Désormais, la prudence semble de mise pour les deux partenaires lors d’un projet parental, un constat qui rejoint d’autres domaines où l’environnement impacte la biologie, comme l’influence du microbiome intestinal sur la santé globale.

fertilité féminine

LaraRédaction ScienceActu

Lara contribue à ScienceActu sur l’intelligence artificielle, l’espace et l’actualité scientifique. Ses articles s’appuient sur les sources indiquées dans chaque publication. Ce profil ne revendique pas de qualification médicale.

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