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Vie et Évolution

Des outils en os de baleine vieux de 18 000 ans identifiés

Une nouvelle étude repousse l'histoire de l'exploitation des cétacés en Europe. Des pointes de sagaies façonnées dans des os de baleines échouées témoignent d'un savoir-faire et de réseaux d'échange complexes vieux de 18 000 ans.

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France, Espagne
  • Des analyses protéomiques identifient les plus anciens outils en os de baleine, vieux de 18 000 ans.
  • Les chasseurs-cueilleurs européens exploitaient les échouages de cinq espèces, dont la baleine bleue.
  • Ces matériaux circulaient sur de vastes réseaux d’échange, atteignant des sites à 300 km des côtes.

Le littoral atlantique de l’Europe, durant le dernier maximum glaciaire, n’était pas seulement une frontière géographique, mais un réservoir de ressources colossales pour les populations préhistoriques. Si l’on savait que les communautés du Paléolithique exploitaient les ressources marines, l’ampleur et l’ancienneté de l’utilisation des grands cétacés restaient méconnues. Une nouvelle analyse d’artefacts révèle que l’exploitation des os de baleines pour la fabrication d’armes de chasse remonte à au moins 20 000 ans, repoussant de plusieurs millénaires les preuves de cette pratique technique.

Une paire de mains tenant un outil en os de baleine ressemblant à une lance, d'environ trente centimètres de long
Ce projectile, façonné dans un os de baleine grise et découvert dans un abri sous roche français, est daté entre 18 000 et 17 500 ans. Crédit : Alexandre Lefebvre

Une industrie osseuse insoupçonnée

Jusqu’à récemment, les preuves d’une utilisation systématique des ossements de cétacés pour l’outillage provenaient principalement d’autres régions du globe, comme les îles du Pacifique Sud, et ne remontaient qu’à quelques milliers d’années. Les travaux publiés le 27 mai dans Nature Communications changent la donne pour le continent européen.

L’archéologue Jean-Marc Pétillon, de l’Université Toulouse Jean Jaurès, et ses collègues ont examiné des fouilles antérieures menées dans des grottes et abris sous roche s’étendant du nord-ouest de l’Espagne au sud-ouest de la France. Leur étude met en lumière les plus anciens exemples connus d’outils en os de baleine. Ces objets, principalement des pointes et des fûts de sagaies, témoignent d’une ingénierie complexe adaptée aux matériaux marins.

Un fait remarquable est la distribution géographique de ces découvertes. Certains artefacts ont été retrouvés jusqu’à 300 kilomètres à l’intérieur des terres. Cela suggère l’existence de réseaux de transport ou d’échange structurés, permettant à des matériaux côtiers de haute valeur de circuler loin de leur lieu de collecte initial. Ces mouvements s’intègrent dans notre compréhension plus large de l’ évolution humaine et des capacités d’organisation des sociétés de l’âge de pierre.

L’apport de la paléoprotéomique

Identifier l’origine biologique d’un outil en os façonné et poli est un défi majeur, les caractéristiques anatomiques étant souvent effacées par le travail de l’artisan. Pour contourner cet obstacle, l’équipe de recherche a extrait et analysé les séquences protéiques spécifiques aux espèces présentes dans 83 outils osseux provenant de 26 sites, ainsi que dans 90 fragments d’os non travaillés trouvés dans une grotte côtière.

Les résultats sont probants : 71 outils et 60 fragments ont pu être attribués formellement à des mammifères marins. L’analyse a permis d’identifier un éventail de cétacés qui ferait aujourd’hui figure de liste rouge des espèces menacées ou emblématiques : le grand cachalot, le rorqual commun, la baleine bleue et la baleine grise. Les données protéiques ne permettent pas encore de distinguer la baleine franche de la baleine boréale, mais confirment la présence de l’une ou l’autre.

Du charognage opportuniste au commerce organisé

Contrairement à la chasse active en haute mer pratiquée à des époques ultérieures, les populations d’Europe occidentale pratiquaient ici un charognage côtier. Les scientifiques estiment que les ossements proviennent d’au moins cinq espèces différentes échouées sur le rivage atlantique. Bien que les échouages naturels de cétacés aient pu être peu fréquents, Jean-Marc Pétillon spécule que même de petits groupes de chasseurs-cueilleurs pouvaient s’organiser rapidement pour exploiter ces carcasses massives.

L’utilisation ne se limitait pas à la fabrication d’armes. Une grotte située près de la côte nord de l’Espagne a livré des fragments d’os de baleine intentionnellement brisés. Selon les investigateurs, cette pratique visait à extraire l’huile grasse, un apport nutritionnel précieux et riche en calories pour les régimes alimentaires du Paléolithique. Les fragments de ce site proviennent d’au moins deux individus distincts, datés respectivement d’environ 15 500 et 15 000 ans.

Une fenêtre sur l’économie littorale

Cette étude renforce les preuves, de plus en plus nombreuses, que les Homo sapiens d’Afrique et les Néandertaliens d’Europe consommaient régulièrement des produits de la mer. Cependant, la transformation des os de mégafaune marine en outils techniques marque une étape supplémentaire dans l’exploitation de l’environnement.

La majorité des 37 artefacts datés au radiocarbone se situent dans une fourchette comprise entre 17 500 et 16 000 ans. Les chercheurs soupçonnent que cette période correspond à un pic du commerce régional de ces instruments. Après 16 000 ans, les outils en os de baleine se font rares dans l’échantillon étudié. Cette fluctuation pourrait refléter des changements dans les routes commerciales, la disponibilité des ressources ou les niveaux marins, qui, en remontant, ont submergé de nombreux sites côtiers anciens, effaçant une partie de notre mémoire archéologique. Pour mieux comprendre ces dynamiques, il est essentiel d’étudier l’ensemble des interactions au sein des écosystèmes passés et leur influence sur l’évolution technique.

os de baleine

LaraRédaction ScienceActu

Lara contribue à ScienceActu sur l’intelligence artificielle, l’espace et l’actualité scientifique. Ses articles s’appuient sur les sources indiquées dans chaque publication. Ce profil ne revendique pas de qualification médicale.

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