Top 5

    Articles similaires

    Néandertal : le feu maîtrisé il y a 400 000 ans

    Près d’un point d’eau, dans les vastes prairies qui bordaient autrefois les forêts du Suffolk, un geste précis a changé le cours de l’histoire humaine. Il y a 400 000 ans, bien avant l’émergence de notre propre espèce, des groupes d’hominidés frappaient déjà des blocs de pyrite de fer contre des éclats de silex pour faire jaillir des étincelles. Ce n’était pas un accident, mais une pratique délibérée et répétée, marquant une étape cruciale dans l’organisation sociale et biologique de la lignée humaine. Cette découverte, réalisée sur le site de Barnham en Angleterre, vient bouleverser notre chronologie de la maîtrise du feu.

    • Des preuves de production intentionnelle de feu remontant à 400 000 ans ont été découvertes à Barnham, en Angleterre.
    • L’utilisation combinée de pyrite de fer et de silex repousse cette compétence technique de 350 000 ans par rapport aux estimations précédentes.
    • Cette maîtrise précoce suggère que les ancêtres de Néandertal possédaient des capacités cognitives et technologiques sous-estimées.
    Illustration de mains frappant des pierres pour produire des étincelles
    La première méthode connue de production de feu impliquait de frapper un morceau de pyrite de fer contre le bord tranchant d’un silex. (Crédit : Craig Williams/The Trustees of the British Museum)

    Une découverte technologique majeure sur le site de Barnham

    Le site de Barnham, situé dans le sud de l’Angleterre, est connu depuis longtemps pour ses outils lithiques du Paléolithique. Cependant, les récentes analyses publiées dans la revue Nature révèlent une réalité bien plus complexe. Jusqu’à présent, la plus ancienne preuve d’utilisation de la pyrite et du silex pour produire des étincelles provenait de sites néandertaliens en France datant d’environ 50 000 ans. Les découvertes de Barnham repoussent ce curseur de près de 350 000 ans.

    Nick Ashton, archéologue au British Museum de Londres, ne cache pas son émotion face à ces résultats. Selon lui, cette découverte représente un changement fondamental dans la manière dont les sociétés humaines ont commencé à opérer. En examinant des fragments de silex chauffés et des traces géochimiques de combustion, son équipe a pu confirmer que ces feux n’étaient pas le fruit du hasard ou d’incendies naturels, mais bien d’une activité humaine structurée.

    En 2014, les chercheurs avaient déjà identifié des silex éclatés par la chaleur, sans pouvoir exclure une origine naturelle. Ce n’est qu’en 2017 que la découverte de fragments de pyrite de fer a commencé à orienter les recherches vers une production intentionnelle. Le véritable tournant a eu lieu en 2021, lorsque Nick Ashton a repéré des sédiments d’argile rougis, caractéristiques d’une exposition prolongée et répétée à de très hautes températures.

    Produire le feu plutôt que simplement le récolter

    La distinction entre l’usage opportuniste du feu (récupéré après la foudre, par exemple) et sa production à volonté est essentielle en archéologie. Comme l’explique Marie Soressi, archéologue à l’Université de Leyde aux Pays-Bas, être capable de générer du feu à la demande est une véritable révolution technologique. C’est précisément ce que démontre l’étude menée sur le site de Barnham.

    Main tenant un fragment de pyrite de fer au-dessus du sol
    Un fragment de pyrite de fer découvert à Barnham. Ce minéral, rare localement, a probablement été transporté sur le site pour servir d’allume-feu.

    Les analyses géochimiques ont révélé que les sédiments ont été chauffés à plus de 700 degrés Celsius à plusieurs reprises. De plus, une étude géologique locale a montré que la pyrite de fer est extrêmement rare dans cette région. Cela suggère fortement que les occupants du site ont transporté ces minéraux sur de longues distances, témoignant d’une planification et d’une compréhension profonde des propriétés des matériaux. Pour Dennis Sandgathe, archéologue à l’Université Simon Fraser, la présence de pyrite à proximité immédiate de résidus de combustion constitue un argument particulièrement convaincant en faveur d’une production délibérée.

    L’impact de la maîtrise du feu sur le développement humain

    La capacité à produire du feu a transformé radicalement l’évolution humaine. Au-delà de la simple protection contre les prédateurs durant la nuit, le foyer est devenu un centre de socialisation. Mais c’est sur le plan biologique que l’impact a été le plus profond. La cuisson des aliments a permis d’éliminer des toxines, d’augmenter la durée de conservation des ressources et, surtout, de réduire l’énergie nécessaire à la digestion. Ce gain calorique substantiel est une étape qui pourrait avoir favorisé le développement du cerveau chez les hominidés.

    Si des traces d’utilisation du feu par Homo erectus remontent à plus d’un million d’années en Afrique et en Israël, l’absence d’outils de percussion laissait planer un doute sur l’origine de ces flammes. À Barnham, les preuves pointent vers des Néandertals précoces ou un groupe étroitement apparenté. Ces ancêtres ne se contentaient pas de subir leur environnement ; ils le façonnaient activement.

    Toutefois, des zones d’ombre subsistent. Marie Soressi souligne qu’en raison de la faible densité de population à cette époque, il est possible que cette technologie ait été inventée, puis perdue, avant d’être redécouverte des millénaires plus tard. Nick Ashton reste plus optimiste : selon lui, nous avons tendance à sous-estimer systématiquement les capacités de nos ancêtres. Les recherches futures pourraient bien révéler que la production de feu était une pratique bien plus répandue qu’on ne le pensait dans le monde préhistorique.

    Cette découverte à Barnham ne se contente pas de vieillir une technique ; elle nous oblige à repenser la complexité cognitive de ceux qui nous ont précédés. Elle nous rappelle que l’innovation n’est pas l’apanage de l’homme moderne, mais un héritage profond, gravé dans la pierre et le fer depuis des centaines de millénaires.

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici