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    Proba-3 : l’ESA réussit ses premières éclipses artificielles

    L’atmosphère extérieure du Soleil, la couronne, demeure l’une des frontières les plus énigmatiques de l’astrophysique contemporaine. Habituellement noyée dans l’éclat aveuglant de la photosphère, elle ne se révèle aux observateurs terrestres que lors de rares et brèves éclipses totales. Cependant, la mission Proba-3 de l’Agence spatiale européenne (ESA) vient de changer la donne en réussissant à recréer ce phénomène de manière artificielle et contrôlée directement depuis l’orbite terrestre.

    • La mission Proba-3 a validé ses premières éclipses artificielles grâce à un vol en formation ultra-précis de deux satellites distincts.
    • Ce dispositif permet d’observer la couronne solaire de manière continue pendant plusieurs heures, contre quelques minutes pour une éclipse naturelle.
    • Les données recueillies visent à résoudre le paradoxe thermique du Soleil, où l’atmosphère est bien plus chaude que la surface de l’astre.

    Le 16 juin dernier, les premières images issues de cette prouesse technologique ont été dévoilées, confirmant le succès des phases de test initiales. Pour les scientifiques, voir la couronne se dessiner sans traitement d’image complexe a été un moment de pure fascination. « C’était incroyable », relate l’héliophysicien Andrei Zhukov, de l’Observatoire royal de Belgique à Bruxelles, qui participe activement à la mission. « Nous pouvions voir la couronne sans aucun traitement d’image spécial. Elle était simplement là, visible, comme lors d’une éclipse totale de Soleil naturelle. »

    Une prouesse technologique : deux satellites pour une éclipse

    Contrairement aux missions d’observation classiques, Proba-3 ne repose pas sur un seul engin, mais sur un duo synchronisé. Lancés depuis l’Inde le 5 décembre dernier, ces deux satellites opèrent une chorégraphie orbitale d’une précision millimétrique. L’un des engins fait office d’occulteur, se plaçant exactement entre le Soleil et le second satellite, qui porte l’instrument d’observation nommé ASPIICS.

    Éclipse solaire artificielle capturée par Proba-3 montrant la couronne solaire en vert
    Cette image en lumière visible montre la couronne solaire et ses rayons ténus, révélés par l’occultation artificielle du disque solaire. (Crédit : WOW algorithm/ASPIICS/Proba-3/ESA)

    Pour que l’ombre portée soit parfaite, les deux appareils doivent maintenir une distance constante d’environ 150 mètres l’un de l’autre tout en filant à des vitesses orbitales vertigineuses. Cette configuration est maintenue lorsque les satellites atteignent l’apogée de leur orbite elliptique, à quelque 60 000 kilomètres de la Terre. C’est à ce point précis que l’influence des perturbations gravitationnelles terrestres est la plus faible, permettant ce vol en formation inédit nécessaire à la création de l’éclipse.

    Percer les mystères de la couronne solaire

    L’intérêt de cette mission dépasse la simple performance technique. La couronne solaire soulève des questions fondamentales en astronomie. Bien qu’elle soit située à des millions de kilomètres du cœur du Soleil, sa température avoisine le million de degrés Celsius, soit près de 200 fois la température de la surface solaire (la photosphère), qui ne dépasse pas les 5 500 degrés. Ce gradient thermique inversé défie les lois thermodynamiques classiques et suggère des mécanismes de transfert d’énergie encore mal compris.

    Les chercheurs estiment que les réponses se cachent dans la couche intermédiaire de la couronne. Jusqu’à présent, cette zone était extrêmement difficile à étudier : trop proche du disque solaire pour les coronographes classiques embarqués sur un seul satellite (qui souffrent de phénomènes de diffraction), et trop ténue pour être vue depuis le sol en dehors des éclipses. Les données de Proba-3 viendront compléter les observations récoltées lors de l’éclipse de 2024, offrant une continuité temporelle indispensable pour modéliser le vent solaire et les éjections de masse coronale.

    Une observation inédite et prolongée du Soleil

    L’avantage majeur de Proba-3 réside dans la durée de l’observation. Sur Terre, une éclipse totale ne dure au mieux que quelques minutes et ne se produit qu’une fois tous les 18 mois environ en un point donné du globe. La mission de l’ESA, quant à elle, est capable de répliquer le phénomène à la demande. Toutes les 20 heures, le duo de satellites peut générer une éclipse artificielle pouvant durer jusqu’à six heures consécutives.

    Cette capacité de surveillance prolongée est une révolution pour l’astronomie spatiale. Elle permet d’observer l’évolution dynamique des structures coronales sur des cycles longs, ce qui était physiquement impossible auparavant. Au cours des deux prochaines années, Proba-3 devrait totaliser plus de 1 000 heures d’éclipses artificielles, fournissant une base de données sans précédent pour la communauté scientifique internationale spécialisée dans l’étude de notre étoile.

    « Nous entrons dans une nouvelle ère de l’observation solaire où nous ne sommes plus dépendants du passage de la Lune pour étudier les secrets de notre étoile », souligne l’équipe de la mission.

    Bien que les premiers résultats soient prometteurs, la phase d’optimisation des systèmes se poursuit. Les ingénieurs de l’ESA travaillent à affiner encore davantage la précision du positionnement relatif des deux satellites. Ce que nous apprendrons sur la couronne solaire dans les mois à venir pourrait non seulement transformer notre compréhension de la physique stellaire, mais aussi améliorer nos capacités de prévision de la météo spatiale, cruciale pour la protection de nos infrastructures technologiques sur Terre et en orbite.

    Pour en savoir plus sur les dernières découvertes en astronomie, les chercheurs continuent d’analyser les flux de données envoyés par Proba-3, espérant y déceler les signes précurseurs des grandes tempêtes solaires.

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